la_viole_de_gambe   La viole de gambe est l'ancêtre du violoncelle, selon la plupart des livres.

Et pourtant c'est faux: la viole et le violoncelle sont de construction différentes. D'autre part ils ont coexisté du XVIème au XVIIIème siècle. Une basse de viole et un violoncelle, si on les place côte à côte, comportent certaines différences:

Le corps de la viole a une carrure tombante, des coins droits, des ouïes en C inversés. Les 6 cordes, fines, peu tendues, passent sur un chevalet plat, sur un manche large entouré de frettes qui marquent les intervalles de demis-tons (comme pour la guitare). Les 4 cordes du violoncelle, grosses, plus tendues, passent sur un chevalet haut et étroit. Les tables, plates ou peu voûtées pour la viole, avec souvent un pan coupé en haut du dos, sont bombées au violoncelle. L'accord, par quartes et tierce à la viole, se fait par quintes au violoncelle. La décoration très soignée et personnalisée de la viole reste très sobre sur le violoncelle. La construction interne comporte une, deux ou trois barres transversales dans le dos pour la viole, et sous la table une barre d'harmonie courte et fine. Cette dernière est plus longue et plus épaisse chez le violoncelle.

L'archet maintenant. Celui de la viole, est une baguette droite et sa longue pointe est "en tête de brochet", alors que celui du violoncelle a une ligne cambrée et une petite tête. Le timbre du violoncelle est plein, rond, puissant, celui de la viole se caractérise par la finesse de la résonance.

Lien videoJordi Savall et ses deux enfants jouent Diego Ortiz: Recercada primera sobre el "passamezzo antico" Jordi Savall - Viola da gamba ; Arianna Savall - Harp; Ferran Savall - Theorbo

Comment joue-t-on de la viole? On la tient entre les mollets, sans pique. Le doigt de la main gauche se pose en arrière de la frette, corde enroulée en travers du manche. La justesse est acquise (grâce aux frettes). Le jeu polyphonique (deux cordes jouées ensemble) est facilité car la tête du chevalet met les cordes presque au même niveau, étant faiblement arquée. L'accord par quarte et tierce favorise les combinaisons d'accord. Par contre, on ne peut jouer fort sans risquer d'effleurer les cordes voisines. Pour l'archet, la main se place sous la hausse, la soulève, la lance avec de souples mouvements en spirale du bras et du poignet, qui favorise les résonances. Les doigts placés entre la baguette et la mèche de l'archet  permettent de tendre celle-ci pour renforcer le son. Au contraire, la main du violoncelliste appuie l'archet avec de fermes mouvements du bras. Le son est soutenu, contrôlé.

Aux XVIème et XVIIème siècles, le terme de viole de gambe désigne toute une famille qui comporte, comme celle des violons ou violes de bras, un dessus, une haute-contre, une taille ou ténor, une basse, une contrebasse.

famille_des_violes_au_complet

Concert donné par le maître de musique Etienne Bergerat devant le roi Louis XIII (anonyme, 1630).

Sur ce tableau on voit la famille des violes au grand complet. A l'extrême droite, un dessus. A l'extrême gauche, une taille et un ténor. Deux basses de gabarit différent entourent ce qui pourrait être une contrebasse.

Le nom des deux familles vient de leur tenue: les gambes étaient serrées entre les jambes, les plus petites posées sur les genoux. Les violes de bras étaient appuyées contre l'épaule ou le haut de la poitrine, sauf les basses (trop grandes). Enfin leur emploi était différent. Les violons provoquaient et accompagnaient les réjouissances bruyantes, alors qu'on faisait silence pour écouter les violes en raison de la douceur de leur sonorité, de la qualité de leur répertoire.

Le plus ancien texte de viole se trouve à Florence, dans une collection de manuscrits d'avant 1500. Puis les oeuvres s'étendent sur plusieurs pays: En Italie, avec Ganassi, en Espagne, avec Ortiz, en Allemagne, avec Agricola, en France, avec Eustache du Caurroy et Lejeune. Ce sont des ensembles polyphoniques de 3 à 7 violes, ricercari, fantaisies sur un thème, suites de danses. Dans la seconde moitié du siècle apparaît l'école anglaise, peut-être née avec l'installation de Ferrabosco (italien) à Londres en 1540, à la cour d'Henry VIII puis Elisabeth Ière. Les oeuvres de Bull, Tallis, Gibbons, Morlay en découleront probablement.

Au début du XVIIème siècle, la viole (et la viole anglaise) s'épanouit avec les luthiers anglais (Jayes, la famille Lewis) et les interprètes (Hume, Jenkins, Simpson, Cooper). La viole fait partie de toute éducation soignée.

Au XVIIème siècle. une révolution musicale se produit. La monodie accompagnée par la basse continue supplante la polyphonie. La basse de viole est destinée à renforcer, seule ou avec le clavecin, la ligne grave, en l'ornant à l'occasion d'improvisations. Ensuite, aux ensembles homogènes, on va préférer l'alliance de timbres variés: bois, cordes frottées et pincées, ce que l'on appelle le concert brisé, où flûte, luth et basse de viole soutiennent la voix.

Les interprètes jouent des oeuvres de plus en plus complexes, au point de jouer sur une basse plus petite, plus maniable, que l'on nommera division viol. Les artistes rédigent des méthodes (Simpson, The division Violist, 1659) écrites ou orales. Le français Maugars qui étudiera auprès d'eux formera par la suite Sainte-Colombe et Hotman.

Marais : Tombeau pour Monsieur de Sainte Colombe

Le XVIIIème siècle sera l'âge d'or de la viole en France. Sainte-Colombe, joue le rôle de novateur en ajoutant une septième corde au grave de son instrument pour en accroître les possibilités. Compositeur et pédagogue,il sera le maître de Marin Marais, Caix D'Hervelois, entre autres. Ceux-ci seront de grands solistes. Ils forment avec leurs enfants trois dynasties de violistes au service du roi ou des princes de sang. Marais élève de Lully pour la composition dirigera l'Opéra de 1695 à 1710.

Le XIXème siècle verra la naissance du Romantisme et de la Révolution.  La culture sort des salons princiers pour atteindre un public plus large. Les concerts se donnent dans des salles vastes. La sensibilité s'exprime avec plus de puissance. Le violon supplantera la viole avec l'Ancien Régime.

Aujourd'hui, on observe un retour d'affection pour le répertoire et les instruments anciens. La viole retrouve sa place dans les concerts de musique de chambre ou comme soliste. Elle est enseignée dans les classes de musique ancienne dans de nombreux conservatoires aux côtés de la flûte à bec et du clavecin.

Joseph Bodin de Boismortier sonate en ut-mineur pour deux violes de gambe