glassharmonica(se traduit par Harmonica de verre ou harmonium de verre) C'est un instrument de musique inventé en 1761 par Benjamin Franklin.

Dès le IXe siècle, on frappait des verres avec des baguettes pour en tirer des sons. En 1743, l'Irlandais Richard Puckeridge a l'idée de frotter le rebord des verres à pied posés sur une table, plus ou moins remplis d'eau afin de les accorder et appelle cet instrument Seraphim (ou verres musicaux-musical glasses).En 1761, Franklin améliore le principe et met au point le Glassharmonica. Il se compose de bols en cristal en verre ou en quartz (entre 36 et 54 pièces) qui sont emboîtés sans se toucher, les uns dans les autres, chromatiquement, sur un axe rotatif entraîné par une pédale (aujourd'hui, on l'a doté d'un moteur électrique). Soufflé, le diamètre du bol détermine la hauteur de la note, la fréquence. Mis en rotation sur l'axe, l'interprète en frotte les rebords avec ses doigts mouillés pour le faire "chanter". En sort un son pur et limpide, enchanteur.

Cependant, en 1835, l'instrument (surnommé "orgue angélique" par Niccolo Paganini) sera interdit par un décret de police dans certaines villes d'Allemagne et disparaîtra peu après. Parmi les raisons invoquées: ses sons font hurler les animaux, provoquent des accouchements prématurés, abattent l'homme le plus robuste en moins d'une heure (selon un dico médical de 1804) et suscitent la folie chez les interprètes (peut-être à cause du Saturnisme, le cristal étant composé à 40% de plomb). Et pourtant, Marie-Antoinette en jouait, le docteur Mesmer s'en servait pour relaxer ses patients avant de les soigner, Mozart a composé pour lui et les auteurs Goethe et Chateaubriand le louent.

En 1844, le compositeur Belge Joseph Mattau perfectionne le Glassharmonica et lui donne le nom de Mattauphone.

Enfin, en 1982, le maître verrier Gerhard Finkenbeiner relance la fabrication de l'instrument à Waltham (Massachussets, USA). A l'heure actuelle, il n'existe que cinq joueurs d'harmonica de verre dans le monde. Cependant cet instrument est de plus en plus demandé par des compositeurs indépendants pour ajouter à leurs morceaux des sons "nouveaux" (alors qu'ils sont en fait aussi vieux que le Clavecin).

Ecoutez comme c'est joli! William Zeitler interprète "la fée dragée" (extrait du Ballet "Casse-Noisettes") de Tchaïkovski (1892) le compositeur l'échangea juste avant la première contre le Célesta.

Le son cristallin, un rien strident et passablement faux du Glassharmonica plonge l'auditeur dans un climat féerique. La Bohême, Prague, Vienne ne seraient pas ce qu'elles sont sans cet instrument pour lequel des célébrités comme Mozart, Haydn et Beethoven ont montré de l'intérêt. Il se fond dans l'orchestre en lui donnant une couleur très particulière, un chatoiement, on l'associe à la voix comme dans la "scène de la folie" (Opéra Lucia di Lamermoor) de Donizetti. L'adagio de Mozart fait montrer de très beaux effets dramatiques tandis que le "Sancta Maria" de Thomas Bloch fait appel aux ressources modernes avec sa bande préenregistrée.

Outre 400 oeuvres classiques composées entre 1761 et 1835, puis en 1919, son répertoire s'est élargi grâce à des oeuvres contemporaines commandées par les quelques interprètes professionnels en activité (Thomas Bloch en Europe, Dennis James aux USA), à des musiques de film, des chansons, la danse, le théâtre et divers spectacles.

Quelques oeuvres pour le Glassharmonica: glassharmonica_2

Beethoven ("Melodram" (Leonore Prohaska) pour glassh., solo et voix parlée. Donizetti: "Lucia di Lamermoor: Scena della pazzia" pour soprano, choeur, orchestre et glassh. Mehul: "Konzertstück" pour glassh. et harpe. Mozart: "Adagio und Rondo" K617 pour glassh., flûte, hautbois, alto et violoncelle. "Adagio" K617a (K356) pour glassh. solo. Reicha: "Grand solo" pour glassh. et orchestre. "Johanna d'Arc" pour glassh., voix parlée et orchestre. Strauss: "Die Frau ohne schatten" (la femme sans ombre) pour voix soliste, choeur, orchestre et glassh.

la merveilleuse Nathalie Dessay dans "La scena della Pazzia" (Scène de la folie) extrait de l'opéra de Donizetti: Lucia di Lamermoor.

Durant les festivités du mariage, Raimondo annonce aux invités que Lucia a tué Arturo dans un accès de folie. Cette dernière arrive, ses vêtements tachés de sang. Dans la célèbre "scène de folie" ("Il dolce suono") elle rêve son avenir, unie avec Edgardo. Le puits de la première partie devient l'autel de leur mariage. Enrico arrive. Lucia, qui a désormais perdu la raison, le prend pour Edgardo et implore son pardon. Elle sort, mourante.

sources: le site de Thomas Bloch