POLONAISE:  Danse nationale Polonaise, dont le nom français (adopté même en Pologne) date du début du XVIIe siècle. Sous ses diverses formes, la mesure est à 3/4 et le mouvement modéré. Certains historiens lui attribuent une origine populaire, d'autres une origine aristocratique et purement instrumentale (élection au trône de Pologne d'Henri le Valois en 1574). Introduite d'abord en Allemagne (où Telemann se charge de la propager) puis dans le reste de l'Europe, elle connut une vogue extraordinaire aux XVIIIe et XIXe siècles. Elle fut adoptée par Bach dans la Suite, Mozart dans la Sonate, Beethoven dans le Concerto, Tchaïkovsly dans l'opéra. Enfin, dans les chefs d'oeuvres pianistiques  de Weber, Chopin et Liszt elle prend une allure héroïque et un rythme d'accompagnement  caractéristique.


Rubinstein plays Chopin Heroic Polonaise (merveilleux rubinstein, l'un de mes pianistes préférés)

POLYPHONIE: La polyphonie est l'émission simultanée de plusieurs sons de hauteurs différentes. Mais dans le vocabulaire courant, ce terme ne s'applique qu'à la superposition de plusieurs lignes mélodiques (ou "voix") traitées selon les règles du Contrepoint, et plus particulièrement à la musique vocale du XIIe au XVIe siècle.Le principe inverse est celui de la Monodie qui ne fait intervenir qu'une seule voix, ou plusieurs voix à l'unisson (tous chantent la même note au même moment).

Sous une forme inconsciente et rudimantaire, telle qu'elle se manifeste actuellement chez les peuples primitifs, la polyphonie fut sans doute pratiquée dès les premiers âges de l'humanité. Tandis que les voix aiguës et les voix graves se maintiennent à l'octave les unes des autres, les voix moyennes se placent parfois d'instinct à la quarte ou à la quinte dans leur bonne tessiture (avec le sentiment d'être à l'unisson) et les instruments à sons fixes s'efforcent d'exploiter harmonieusement les variantes imposées par leur conformation particulière.

De façon semi-consciente, il est probable que la polyphonie ait été pratiquée depuis l'Antiquité. Les flûtes doubles permettaient l'émission de plusieurs sons simultanés. l'aulos double des Grecs, qui en fut la survivance, se prêtait à un accompagnement rudimentaire pratiqué aussi à la lyre et consistant probablement dans la tenue du son "central" d'un Mode. Sous l'ancien empire Egyptien, le développement de la musique justifiait l'emploi d'un inspecteur de la Musique royale. Des tombeaux de la même époque représentent des orchestres composés de flûtes et de harpes. Les orchestres importants décrits dans la Bible comportaient une grande variété d'instruments dont chacun jouait une partie différente. Au premier siècle avant notre ère, Cicéron fait allusion dans "le songe de Scipion", à "l'harmonie des sphères", dont les tons aigus mêlés aux tons graves produisent régulièrement des accords variés.

Les XVe et XVIe siècles sont, pour toute l'Europe (particulièrement l'Angleterre, les pays flamands, la france et l'italie) un prodigieux Age d'Or de la polyphonie vocale. Tous les procédés d'Imitation dont le germe existait déjà chez Machaut, sont portés à leur degré de perfection (augmentation, diminution, mouvement contraire, etc). La Tonalité se substitue de plus en plus au système des modes ecclésiastiques. Enfin le genre nouveau de la messe polyphonique, inauguré par Machaut, atteint immédiatement son apogée avec Dufay et Josquin des Prés surtout: elle est construite sur un "ténor" ("teneure"), parfois liturgique, mais souvent profane, qui assure l'unité de l'oeuvre et lui donne son nom. Cette teneure était normalement jouée par des instruments. Parallèlement à la Messe et aux Motet, deux genres polyphoniques nouveaux s'épanouissent dans cette époque bénie: la "chanson française" (genre savant sans rapport avec la chanson populaire) cultivée par Janequin, Le Jeune et Lassus, et le Madrigal des italiens et des Anglais. La réaction imposée par la Réforme puis par le Concile de Trente, d'une part, et d'autre part, la glorification du Soliste au XVIIe siècle dans l'opéra et la musique instrumentale, mettent fin à cette féconde complexité qui est pour nous synonyme de polyphonie. La polyphonie a engendré le grand art instrumental, en permettant à la musique de se libérer de la souveraineté de la poésie et de la danse et de donner la mesure de sa dignité.

POLYRYTHMIE: Superposition de plusieurs formules rythmiques différentes, parfois dans des Mesures différentes. Il s'ensuit une impression de naturel, les coïncidences paraissant fortuites, comme lorsque plusieurs clochers de dimensions différentes sonnent ensemble dans le même clocher. La forme la plus élémentaire de polyrythmie est le "trois pour deux" fréquent dans la musique de piano des XVIIIe et XIXe siècles.

reconstitution de la première du "Sacre du Printemps" de Stravinsky en 1911 (l'adoration de la terre-introduction) où l'on trouve un exemple de polyrythmie.

POLYTONALITE: Emploi simultané de mélodies ou d'harmonies appartenant à des tonalités différentes. On peut trouver une amorce de bitonalité dans le Canon strict à la quarte ou à la quinte et, exceptionnellement dans la Fugue lorsque la réponse est la transposition exacte du sujet sans "mutations". Mais ici la rencontre fortuite de deux tonalités est un phénomène secondaire, tandis que dans la vraie polytonalité elle est provoquée à des fins décoratives ou dramatiques. Ce procédé, dont Milhaud est l'un des représentants, a été pratiqué systématiquement par de nombreux compositeurs, entre 1910 et 1935; il tournait même à la manie, immédiatement après la 1ère guerre mondiale, dans les oeuvres du "groupe des six". Déjà Saint-Saëns, scandalisé, reprochait à Pierné de jouer au Châtelet les oeuvres polytonales des jeunes du moment. Bien utilisée, la polytonalité peut produire un heureux effet d'ironie ou, au contraire, accentuer le caractère dramatique d'une oeuvre en donnant une impression de déchirement. Dans une écriture complexe, elle permet de souligner la multiplicité de l'intérêt musical. Par analogie, on appelle polymodalité l'emploi simultané de plusieurs Modes différents.

le 1er mouvement du "concerto en sol" de M. Ravel (Michelangeli au piano) fait entendre dès les premières notes deux tonalités différentes.