SYMPHONIE: La Symphonie est une Sonate pour orchestre. D'abord identique à "l'ouverture française" et à l'ancienne "Sinfonia" italienne (simples préludes ou interludes instrumentaux) elle doit son évolution à l'institution du concert public, seul cadre possible pour l'agrandissement des formes purement instrumentales. Lorsque cette formule apparut en Angleterre (Banister, 1673), en Allemagne (Collegia Musica de Telemann,1709 ), et en France (Concerts spirituels de Philidor, 1725), on était habitué à entendre la grande musique vocale et instrumentale à l'église ou au théâtre, la "musique de chambre" étant réservée à l'usage domestique. Entre 1730 et 1750 apparaissent les premières Symphonies de coupe classique.

L'origine lointaine de la Symphonie remonte au XVe siècle dans la chanson instrumentale ou Canzona per sonar (Obrecht, Isaak, Josquin), issue elle-même du Motet et de la Chanson Polyphonique, dont on confiait parfois l'exécution à des instruments. Leur caractère jusqu'à la fin du XVIe siècle, était cependant celui de la musique vocale. On devra au génie de Gabrieli les premières compositions instrumentales véritablement "symphoniques": ses deux recueils de "Sacrae Symphoniae" (1597 et 1615) contiennent des chefs d'oeuvre. En 1629, Schütz publie à Venise son premier recueil de "Symphoniae Sacrae".

Jusqu'au début du XVIIIe siècle, le terme "Sinfonia" sera utilisé dans l'opéra, la cantate d'église, l'Oratorio, pour désigner les Préludes et Interludes instrumentaux. Et lorsque Vitali, Bassani et Corelli auront établi la forme de la Sonata da Chiesa en 3 ou 4 parties (grave-allegro fugué-andante-presto) celle-ci prendra dans la musique vocale (au théâtre et à l'église) la place et le nom de la Sinfonia. Sous l'impulsion de Scarlatti, cette sorte de Sinfonia devient la spécialité de l'école napolitaine. Celle-ci abandonne le premier mouvement lent de la Sonata da Chiesa et garde la succession vif-lent-vif dont héritera la Symphonie pré-classique. Scarlatti a composé aussi en 1715 12 Sinfonie di concerto grosso, dans un style concertant. C'est l'époque où Albinoni écrivait ses "6 Sinfonie a quattro" où l'on trouve déjà un menuet avec trio intercalé entre le mouvement lent et le Finale. En France, cependant, Lully inaugurait une nouvelle forme d'ouverture dont le succès s'étendit à toute l'Europe: "l'ouverture française" comprenant un premier mouvement lent et majestueux, suivi d'un Allegro généralement fugué, puis d'une reprise du mouvement lent. Les plus célèbres exemples en sont: les quatre Suites pour Orchestre de Bach, dont le titre original est "ouvertüren" (indiquant la prédominance de l'ouverture initiale). Par leur forme et leur caractère, ces grands tryptiques symphoniques préfigurent l'Allegro de la Symphonie Classique.

C'est en Allemagne(Mannheim) que naît la "Symphonie Classique". L'orchestre de la Cour était fameux sous l'électorat de Karl Theodor (1724-99) et sous la direction d'excellents musiciens dont Stamitz (venu de Bohême). Les Symphonies de Sammartini étaient alors célèbres dans toute l'Allemagne et Jommelli (Napolitain) établi à Stuttgart a influencé Stamitz en montrant notamment toutes les possibilités de l'expression instrumentale (crescendo - decrescendo). L' "école de Mannheim" fixa la forme de la Symphonie en apportant d'importantes modifications aux modèles italiens: 

-adoption définitive du Menuet suivant l'exemple de Sammartini, les 4 mouvements se succèdent dans l'ordre invariable: allegro-andante-menuet-presto. Tous les mouvements sont dans la même tonalité. A exception du mouvement lent, généralement au ton Relatif. Parfois une instroduction lente précède le premier allegro, héritage de la Sonata da chiesa ou de la première partie de l'Ouverture Française.

-instrumentation étoffée ((Stamitz introduit les clarinettes dans l'orchestre, à peu près en même temps que Rameau) et rigoureusement déterminée: aucune initiative dans le choix des instruments n'est laissée à l'interprète qui se conformera aux indications instrumentales d'une partition d'orchestre entièrement réalisée et disposée avec méthode. Les instruments à vent se voient attribuer des parties indépendantes. L'orchestre se compose de 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 bassons, 2 ou 4 cors, 2 trompettes, une paire de timbales et les cordes. A la même époque C.P.E Bach adapte la Forme-Sonate à l'Allegro de la Symphonie

C'est à ce modèle presque parfait que Haydn et Mozart se conformeront dans leurs nombreuses symphonies. Dès 1765, Haydn adopte la coupe classique en 4 mouvements. Mozart, enfant, s'était d'abord donné pour modèle les symphonies italiennes en 3 mouvements de Jean-Chrétien Bach, entendues à Londres, et les symphonies de Sammartini jouées fréquemment à Salzbourg dans ce temps-là; ses symphonies de 1772 (époque de la maturité: Mozart a 16 ans) sont les plus beaux exemples de cette 1ère manière. Mais l'influence Allemande et l'admiration éprouvée par Mozart pour Haydn, qui fut réciproque (il entend ses symphonies à Vienne en 1773) lui firent adopter à son tour le menuet traditionnel. En partant de ce modèle, porté à la perfection par Mozart dans ses 3 dernières symphonies, Beethoven composa ses propres chefs d'oeuvre. La succession de ses 9 symphonies (composées entre 1800 et 1824) forme la transition entre la symphonie classique et la symphonie romantique ou moderne. Ses apports essentiels sont l'enrichissement de l'instrumentation, l'agrandissement du développement, l'évolution du Menuet en Scherzo, et la construction fréquente du Finale sur la Forme-Sonate.

Depuis Beethoven, la Symphonie est promue à une sorte de dignité qui inspire le respect aux plus grands maîtres; la composition d'une symphonie est souvent le couronnement d'une carrière. Quant à la forme elle est restée à peu près la même. Les intentions descriptives, l'évolution de la couleur harmonique et instrumentale, l'intervention de choeurs ou de solistes et même l'utilisation des thèmes cycliques ne sont pas fondamentalement des modifications. Ce sont, plus ou moins, les 9 symphonies de Beethoven qui ont servi de modèle à Schubert,  Berlioz,  Mendelssohn,  Schumann,  Liszt,  Bruckner,  Tchaïkovski,  Brahms, et même à celles de Bizet, Saint-Saëns, Dvorak, Franck, Mahler, Sibelius, Roussel, Prokofiev, Honegger, Jolivet, etc...

Karajan et la 5ème symphonie de Ludwig van Beethoven (1er mouvement) en 1966

Claudio Abbado dirige la 5ème symphonie de Gustav Malher (extraits)