cl__de_sol_gifDans cette séquence nous aborderons le métissage musical à travers les caractéristiques de la musique chinoise traditionnelle et les influences qu'elle a pu exercer sur d’autres styles musicaux.
Notre essaierons de répondre à la question suivante : Comment un compositeur occidental peut-il donner à son oeuvre musicale une couleur qui évoque l’Asie?  en passant par les domaines : 1) du successif et du simultané, 2) de la forme.

fleur de jasmin

Projet musical : Molihua, chant traditionnel chinois (traduction : Fleur de Jasmin). Cette célèbre chanson folklorique chinoise a été écrite sous l'empereur Qianlong (1711-1799) de la dynastie Qing. Il existe deux versions de cette chanson, la plus connue provenant de la province du Jiangsu, l'autre de la province Zhejiang qui ont des paroles différentes et une mélodie légèrement différente. Nous utiliserons l’interprétation de Geneviève Schneider (extrait de l'album Paprika) de la version du Jiangsu, puis nous écouterons une version par une chanteuse chinoise, ce qui nous permettra de différencier le timbre caractéristique de sa voix, plus aiguë et plus nasillarde. Je laisse ici une version dans laquelle les paroles et la traduction (en anglais) s’affichent sur l’écran.

Elle est ici interprétée par une voix d’enfant et accompagnée notamment par un toy piano.
Nous allons chanter la gamme de Do et essayer de retrouver cette mélodie sur les carillons pour comprendre l’échelle pentatonique.
Nous découvrirons par la même occasion les 4 tons de la langue chinoise à travers un exemple video :

L'objectif est de travailler la notion de mouvement mélodique et d'intonation, ainsi que de rendre celle-ci la plus expressive possible dans l’interprétation du chant. Enfin, lorsque la chanson sera sue, nous nous efforcerons de trouver un accompagnement simple avec les instruments à notre disposition.

La fiche avec paroles et partition : fiche_chanson_Molihua

Un exemple de la notation chinoise de la partition

haut_parleur_gif

Ecoute : Nous allons tout d’abord écouter une musique authentique chinoise de procession intitulée En marchant dans la rue (Xing Jie). C’est un morceau pour orchestre joué par la troupe de l’opéra de Suzhou dirigé par Zhou Jiayuan.
L’orchestre est composé de 3 luths à 3 cordes (Sanxian), d’un choix de vièles (Erhu et Tsanghu), d’un luth piriforme (Pipa), d’une flûte traversière en bambou (Di), d’un cymbalum (Yangquin), d’un petit tambour (Banku) et de cliquettes en bois (Ban). Nous essaierons de rapprocher ces instruments inconnus de ceux que nous connaissons mieux.

inst chinois

Fiche prof : Fiche_prof_1; Fiche élève : Fiche_eleve_1

Ecoute principale : Un extrait (Acte I, scène 13 de l'opéra Turandot de Giacomo Puccini, compositeur italien de la période moderne (1858-1924). 
Dans son opéra Puccini a emprunté cette mélodie en lui attribuant diverses orchestrations. Le livret est basé sur une légende persane médiévale, dans les Contes des mille et une nuits. Dans cette histoire, la princesse Turandot défie tout prétendant à sa main de résoudre 3 énigmes, s’il échoue, il sera exécuté. Alors que Calaf, un prince ayant perdu son royaume arrive à Pékin et retrouve son père et sa servante, il assiste à la décapitation du prince de perse qui vient d’échouer aux énigmes. Mais, bien qu’il condamne la cruauté de la Princesse, dès qu’elle apparaît il tombe fou amoureux d’elle. Il se précipite alors sur le gong pour tenter de résoudre aussi l’énigme et pouvoir l’épouser. Le chœur d’enfants qui interprète l’air, accompagné de l’orchestre, arrive juste avant l’exécution du prince de Perse.

L'extrait se déroule dans un tempo lent (Andante), dans le style d’une marche funèbre. Le tempo lent appelle des gestes associés pour le chef d’orchestre qui peuvent évoquer aussi les lents mouvements du Tai Chi. Les basses jouent deux notes en alternance (tonique et dominante).
Les sonorités graves contrastent avec la voix aiguë des enfants. L’accompagnement, outre la basse, fait entendre entre chacune des 4 premières phrase une ritournelle au piccolo (petite flûte) ponctuée par le triangle qui donne à la musique un caractère curieusement féerique et enfantin.
Les voix des enfants sont doublées par les saxophones altos (ils jouent la même mélodie en même temps : à l’unisson). A la fin de l’air le hautbois et la flûte reprennent des fragments de la mélodie.

Comment le compositeur évoque-t-il l’orient dans sa musique ?
*Il utilise un air chinois traditionnel
*Il emprunte son sujet à une légende persane et situe son action dans une Chine ancienne imaginaire.
*L’opéra est un art du spectacle vivant. Les costumes et les décors ont une part importante dans l’évocation de l’Orient.
Dès le XVIIe siècle, il y eut une fascination pour les arts d’Extrême-Orient et on collectionnait les chinoiseries.
Les notions abordées : les mouvements mélodiques (ascendants, descendants), l’unisson et la doublure, le balancement tonique-dominante.

Fiche prof : Fiche_prof_2; Fiche élève : Fiche_eleve_2

ravel

Ecoute comparative : Laideronnette impératrice des pagodes (extrait de Ma Mère l’Oye) composé en 1911 par Maurice Ravel, compositeur français de la période moderne (1875-1937). Cette musique était initialement écrite pour piano à 4 mains (création en 1910) pour faire plaisir à des enfants de ses amis musiciens. En 1912, le directeur du théâtre des arts lui commandera un Ballet. Voici la pièce dans l'interprétation de Pierre Boulez.

Ici on entend une mélodie originale composée par Ravel. Le caractère oriental est ici plutôt suggéré par le titre. Il s’agit d’un conte de Mme d’Aulnoy, « Le Serpentin vert » écrit au XVIIe siècle inspiré par le mythe de Psyché (voir les peintures de Boucher);

« Elle entendit de la musique dans le palais et vit venir à elle de petits personnages couverts d’or et de pierres précieuses pour la divertir et la servir…/… Elle se déshabillait le matin pour aller au bain. Aussitôt Pagodes et Pagodines se mettaient à chanter et à jouer des instruments. Tels avaient des théorbes (sorte de grand luth) faits d’une coquille de noix ; tels avaient des violes (sortes de violons) faites d’une coquille d’amande, car il fallait bien proportionner les instruments à leur taille ».
Le compositeur adorait les bibelots, les miniatures et les objets mécaniques, dont les chinoiseries. Les pagodines étaient de petites figurines à tête pivotante en ivoire, de Chine ou du Japon que l’on collectionnait. On entend deux mélodies construites sur l’échelle pentatonique.
Certains instruments ( célesta, flûte, xylophone, jeu de timbres, cymbales) restituent le caractère oriental, ainsi que les répétitions de formules (battements rapides sur des notes). La pièce est de forme A-B-A’, avec un passage où l'on entend la superposition des deux thèmes.
Ravel a également été très inspiré par le Gamelan Balinais lors de l’exposition universelle de 1889. Le Gamelan est un orchestre composé de percussions (tambour, gongs, métallophones de diverses tailles et parfois une flûte) qui joue uniquement de la musique d’ensemble.

Ecoutons Gamelan Selunding.

  

Dans cette musique, la mélodie et l’accompagnement sont répartis à tout l’orchestre. L'ensemble est constitué de motifs répétitifs. Tous les registres sont représentés.Les sons graves jouent des sons lents, plus on va vers l’aigu plus le rythme se resserre. L’échelle utilisée est pentatonique.

Les notions abordées : le thème, le motif, les plans sonores (mélodie/accompagnement), et la notion d’orchestration.

britten

Benjamin Britten (compositeur anglais 1903-1976) dans son ballet Le Prince des pagodes, inclut carrément à l’orchestre symphonique un orchestre de Gamelan. Vous pouvez écouter l'extrait ici.

Nous différencierons alors les divers types de formation et les différents genres abordés, dans la musique populaire, chanson traditionnelle, musique de procession (marche), musique de cérémonie (rituel), et dans la musique savante : L’opéra et le ballet.

Fiche prof : Fiche_prof_3; Fiche élève : Fiche_eleve_3

piotr-ilitch-tchaikovski

Lors du contrôle de fin de séquence, les élèves devront repérer l’échelle pentatonique à l’audition, puis identifier les plans sonores dans deux morceaux non écoutés en cours. La Danse chinoise du ballet Casse-Noisettes de Piotr Tchaikovski, (compositeur Russe, 1840-1883, XIXe siècle, période romantique).

Quelques remarques : Le thème n’est pas écrit dans une échelle pentatonique. On retrouve l’emploi du célesta. Une marche rapide se partage en 3 plans sonores. Le thème est joué à la flûte piccolo (registre aigu). Un motif aux cordes frottées pizzicato lui répond, l’effet de marche est créé par l’alternance entre les basses et les aigus. Enfin un ostinato aux bassons, dans le grave constitue l’accompagnement.

Duke-Ellington

Dans la version de Duke Ellington, compositeur de Jazz américain (1899-1974), la partition est jouée textuellement au début (citation), mais rythmée différemment (arrière-plan plus rythmé). Dans la 2ème partie elle est de caractère plus improvisé. L’arrangement est personnel au compositeur. On entend les instruments d’une formation Jazz (saxophones, trompettes, trombones, piano, contrebasse, batterie). Les bassons sont remplacés par la basse et la batterie. Les échanges entre les instruments sont plus variés.

Fiche contrôle : Contr_le_metissages_6e

Récapitulation :
Quels sont les moyens qu’un compositeur de musique peut utiliser pour donner une couleur orientale à sa musique ?
1) Utiliser un mode, une échelle empruntés à ces cultures musicales. Ravel.
2) Inclure des instruments orientaux à sa formation instrumentale. Britten
3) Donner une couleur orientale à son orchestre par le choix des instruments qui l’évoquent. Ravel.
4) Emprunter un thème oriental et écrire un arrangement. Puccini.
5) Emprunter une légende, un poème oriental et le traduire en musique. Ravel, Puccini.

Fiche synthèse de la séquence : synthese_6seqIII_noir_et_blanc