cl__de_sol_gif Cette séquence porte sur les œuvres de l’avant-garde américaine du XXème siècle, notamment le mouvement minimaliste et la musique répétitive, en passant par les recherches musicales de John Cage et le mouvement Dada. Nous verrons également le métissage des arts avec le cinéma, la danse et l'art plastique.
L'objectif principal est l'incitation à se poser, à se concentrer davantage, à ressentir en soi-même le pouvoir de la musique ou de la non-musique. Il est nécessaire de pouvoir échanger ses impressions et de trouver des réponses par soi-même. Il s’agit également de prendre conscience du silence, essentiel à toute musique, de sa fausse vacuité, du reflet qu'il déclenche, de la répétitivité et des divers états par lesquelles nous passons au cours du phénomène de répétition. Enfin, comprendre le spectacle au XXème siècle passe par la compréhension des concepts de Happening et d’Event, plus que jamais d’actualité.
Le document de présentation : Generalites_Happening_Event_prof
Les échanges verbaux seront cette fois plus valorisés, ainsi que la part de création (ou de recréation) dont nous sommes capables pour devenir à notre tour des expérimentateurs du son et des créateurs.

La question transversale est Musique et société contemporaine, les œuvres choisies sont principalement américaines.
Notre question d’étude est :
Quelle portée le silence et la répétition peuvent-ils avoir dans la structure d’une oeuvre musicale ?

Nous aborderons les domaines du successif et du simultané ainsi que de la forme.
N'oubliez pas que tous les titres colorés en orange sont des liens vers des pages web qui peuvent alimenter vos recherches personnelles.

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cage_circlePremière écoute : 4’33 (1951-52) de John Cage
(compositeur américain -1912-1992)  .
Nous visionnerons la prestation de David Tudor. Au début de la video, la voix de Tudor nous transmet une parole de Cage :
"The material of music is sound and silence. Integrating these is composing. I have nothing to say, and I am saying it" (le matériau de la musique est constitué de son et de silence.
Les intégrer c'est composer. Je n'ai rien à dire, et je le dis).

Après avoir échangé verbalement autour de cette oeuvre (à quoi avons-nous assisté, comment l'oeuvre est-elle mise en scène, que veut-on nous faire entendre finalement, est-ce le même concert à chaque prestation, qu'est-ce que cela signifie pour nous?) et découvert les sources d'influences potentielles, nous tacherons d'en définir l'objectif :
Le spectateur produit des sons involontaires, le pianiste reste silencieux et se met à l'écoute. Les rôles sont alors inversés.
Les documents: 4_33_de_Cage_prof ; 4_33_de_Cage_eleve

Voici une oeuvre de Robert Rauschenberg (plasticien américain, 1925-2008) datée de 1951, intitulée White painting,
qui a pu inspirer Cage car elle semble contenir le même message.
WHITE_PAINTINGS_POSTER_bmp_400x400_q85

Par-dessus tout, le plus surprenant n'est-il pas que lorsque nous n'entendons plus rien, là où le son était attendu, nous faisons silence et devenons extrêmement attentifs? Je devrais en tirer enseignement dans mes classes de 3ème particulièrement cette année o_O
Pour en savoir plus : Un site dédié à John Cage (en anglais) et le site officiel.
John Cage est un compositeur qui a consacré beaucoup de son oeuvre à l'expérimentation. Il est également l'inventeur du piano préparé. Il a en outre collaboré avec d'autres artistes d'avant-garde, parmi lesquels Merce Cunningham, chorégraphe américain, dont nous parlerons plus loin.

Satie2smallDeuxième écoute : Vexations (1893) d'Erik Satie (compositeur français, 1866-1925). C'est la pièce centrale d'un recueil intitulé Pages Mystiques.
Une phrase du compositeur à méditer : « Chose curieuse, contre l’ennui l’auditeur est sans défense,
l’ennui le dompte ».
L'oeuvre consiste en la répétition d'un motif qui doit être joué 840 fois, ce motif subissant 2 variations - deux harmonisations différentes, tout cela dans un tempo très lent.  La durée d'interprétation oscille donc entre 14 et 24 heures, selon le tempo adopté.. Plusieurs interprètes se relaient pour jouer l'oeuvre, en utilisant divers moyens pour compter leur nombre de répétitions (objets divers). Imaginer les différents états par lesquels on passe lorsque l'on doit répéter la même partition peut se révéler très intéressant, et comme ceci ne saurait se répéter à l'identique d'un interprète à l'autre, l'oeuvre ne sera pas interprétée deux fois de la même façon, ce qui nous ramène au Happening. D'autre part l'usage de l'enharmonie (un même son peut avoir deux noms différents : par exemple Mi dièse est égal à Fa) oblige l'interprète à une certaine vigilance.
En 1958 Cage a révélé cette pièce depuis longtemps oubliée au public dans son Contrepoint n°6. La première fois qu'elle fut jouée en public c'était en 1963 à New York, au Pocket theater.
Voici la partition de cette oeuvre : Vexations_Erik_Satie_Partition_piano
Pour en savoir plus : Le site dédié au compositeur.

Cette video nous permet d'assister au concert au Tate Museum à New York en 2007 pendant lequel "Sleep", film d'Andy Warhol (1928-1987) daté de 1963 (dans lequel on assiste au sommeil d'un jeune homme pendant six heures, et dont on dit qu'il s'est inspiré de l'oeuvre) est projeté sur grand écran au-dessus du piano. Parmi les interprètes, Michaël Nyman, musicien adepte du minimalisme et auteur de musiques de films telles que "Bienvenue à Gattaca".
Andy warhol déclara : “I like boring things. I like things to be exactly the same over and over again.”(J’aime les choses ennuyeuses. J’aime que les choses soient exactement identiques encore et encore). Pour voir le film sur youtube cliquez ici.

Les documents : Vexations_de_Satie_prof ; Vexations_de_Satie_eleve

Nous expérimenterons nous-même la répétition inlassable d'une pièce mélodique à travers un Mantra, "Gobinday Mukande" de Guru Gobind Singh, extrait de son poème "Jap Sahib". Le texte : "Gobinde, Mukande, Udaare, Apaare, Hareeang, Kareeang, Nirnaame, Akaame" signifie "Il Soutient, Libère, Illumine, Infini, Destructeur, Créateur, sans Nom, sans Désir".
Ce Mantra était utilisé par les guerriers de Guru Gobind Singh sur le champ de bataille pour leur donner force et courage, l'objectif étant d' éliminer la peur. Normalement il doit être chanté pendant 40 jours pendant une trentaine de minutes, c'est une méditation. Nous le chanterons une dizaine de fois pour notre part pour expérimenter les sensations éprouvées. Il y a plusieurs façons de le chanter, j'en présenterai donc deux exemples.
Le fichier n'étant pas libre de droits, pour écouter la 1ère version c'est ici. ; Pour la 2ème que nous expérimenterons c'est là.

warholPour en revenir à Andy warhol, il a abondamment utilisé le procédé sérigraphique, reproduisant une même image en plusieurs exemplaires (procédé hérité de sa participation à des dessins publicitaires) jusqu'à ce que l'image devienne intéressante par elle-même et non seulement par ce qu'elle véhicule. le même procédé sera réutilisé dans les films de Warhol, l'arrêt sur image produisant une dilatation du temps.
On peut rapprocher cela d'une forme de contemplation ou de méditation qui vous permet d'atteindre un état dans lequel l'esprit n'est plus en mouvement mais plutôt en flottement. Les différents objets qui composent l'ensemble sont alors perçus en tant qu'entité unique.
Warhol était en contact avec Rauschenberg et Cage ainsi que Cunningham. En 1968 il crée des décors à base de ballons gonflés à l'hélium pour le ballet Rainforest de Cunningham. En voici un extrait repris par la Rambert Dance Company. la pièce électronique que l'on entend fut composée par le pianiste vu plus haut qui inbterprète 4'33, c'est-à-dire David Tudor (le monde est petit).


Pour comprendre le terme d'Event, je propose d'aborder le film de Ronald Nameth qui s'intitule "EPI : Exploding Plastic Inevitable". Tourné en 1967 lors d'une exposition des oeuvres de Warhol dans un lieu branché, c'est à la fois une performance de par la présence du groupe favori de Warhol (dont il est le producteur), The Velvet Underground, et un Event car le spectateur est immergé dans cette fête où l'on danse, où il y a de la musique, des diapositives de Warhol projetées sur les murs avec un jeu de lumières phosphorescentes. Aucun scénario n'est prévu. Le cinéaste lui-même, en filmant cela, devient un spectateur qui capte l'instant et nous livre son souvenir comme si nous y étions. Le film tout comme le groupe musical sont devenues des oeuvres "cultes".
La chanson que nous entendons est Venus in Furs, les paroles sont inspirées par un roman de Masoch, Venus à la fourrure (1870) et fait allusion au sadomasochisme. Ce groupe est à l'opposé des musiques favorites de la période (notamment celles des Hippies et leur fameux Peace and Love). Le caractère répétitif (emploi du bourdon ou de la pédale) et dissonant de cette chanson, le choix des timbres instrumentaux n'est pas sans rappeler les expériences musicales de Cage. Il faut dire que l'un des membres du groupe, John cale, était parmi les pianistes qui interprétèrent les Vexations de satie lors de l'événement organisé par Cage cité plus haut.

Velvet_Underground_and_NicoPour des raisons évidentes (sujet choisi), nous interpréterons plutôt une autre chanson de l'album du Velvet Underground, "Sunday Morning", tout aussi intéressante par le contraste entre le mode majeur et l'aspect dépressif de la voix du leader, Lou Reed. A noter l'utilisation du carillon. Cet album fut publié en 1966. Pour les guitaristes, les accords peuvent être trouvés sur cette page.

Les paroles : Andy_Warhol_et_le_Rock ; Sunday_Morning_the_VELVET_UNDERGROUND

press_L@TE_TerryRileyDans le répertoire minimaliste et répétitif, nous aborderons un extrait de l'oeuvre "In C" (en Do) de Terry Riley (compositeur américain né en 1935 considéré comme le fondateur de cette musique) composée en 1964.
La pièce est écrite pour une trentaine d'instruments environ, elle est basée sur 53 phrases musicales destinées à être répétées dans l'ordre un certain nombre de fois, en s'enchaînant de façon assez libre, ce qui fait qu'à un moment donné, ces motifs vont se superposer, il y a une part de hasard (on ne décide pas vraiment combien de fois on répète). L'un des instrumentistes tient la pulsation sur une même note en croches tout au long de la prestation. Cela donne à la fois l'impression d'un mouvement continu et d'un certain statisme du fait des répétitions. Riley s'inspira à la fois de Cage et des musiques de l'Inde dans son travail. Nous chanterons ces motifs individuellement et en superposition, puis nous créerons notre propre pièce, en inventant d'autres motifs par petits groupes. Puis nous nous rejoindrons pour enregistrer notre création.

Une autre version sous la direction de Peter Jarvis qui utilise des cloches et des voix qui rappelle le gamelan Balinais (c'est dans cet esprit que je vois notre création).

Les documents : In_C_RILEY_prof ; In_C_RILEY_eleve

glass et wilsonEnfin nous ferons un petit détour pour écouter un extrait d'une des oeuvres les plus fameuses du XXe siècle dans ce style : l'opéra Einstein on the Beach de Phil Glass (compositeur américain né en 1937).
Il a été composé en 1974 et 1976 et a été joué pendant toute l'année en Europe comme aux Etats-Unis avec un succès grandissant. Nous écouterons Knee 1, l'une des "articulations" ou plutôt l'un des interludes qui permettaient les changements de décor au cours du spectacle (qui comporte 4 actes).
Dans cette oeuvre la musique est en totale interaction avec les décors, les mouvements scéniques et les éclairages, les deux artistes, Bob Wilson et Glass ont travaillé en étroite collaboration tout au long de sa conception, il n'y a pas d'intrigue, c'est une succession de scènes, musicalement une succession de pièces, les actes étant totalement indépendants les uns des autres, l'ensemble durant 5 heures sans entracte (juste les Knees).

Ce qui caractérise cette musique, c'est la répétition de petits modules musicaux chantés par le choeur basés sur des nombres et des noms de notes qui bougent sans cesse de façon imperceptible, par le jeu des silences rajoutés ou ôtés au fur et à mesure. L'ensemble est mesuré dans le temps, mais une voix énonce simultanément des nombres de façon aléatoire, une autre récite un texte. On retrouve l'esprit des premiers happenings de Cage dans les années 60. Un orgue joue un ostinato de 3 longues tenues qui se trouvent en mouvement contraire avec les voix supérieures. L'impression de kaleïdoscope que cela procure, à la fois stable et instable produit un effet hypnotique très agréable à écouter. A noter que Phil Glass s'est intéressé également à la musique Indienne, dans laquelle il puise les procédés rythmiques et cycliques pour réaliser la structure globale de l'oeuvre.
Sur le site de Phil Glass vous avez la possibilité d'écouter d'autres passages de l'opéra.
Les documents :
Einstein_on_the_beach_prof
; Einstein_on_the_beach_prof_2 ;
Einstein_on_the_beach_eleve
; Einstein_on_the_beach_eleve_2 ;
La partition graphique : einstein_on_the_beach_partition

Lors de nos découvertes, nous tacherons d'inventer nos propres cellules et motifs par petits groupes,
de déterminer le nombre de répétitions et leur organisation
et de les partager pour créer à notre tour une pièce répétitive et minimaliste,
à l'aide de notre voix ou de petites percussions à notre disposition.
Ne nous interdisons pas d'utiliser la voix parlée avec toutes ses possibilités sonores.
Une fois nos trouvailles réunies, nous enregistrerons nos prestations que je mettrai à disposition de tous dans ce post.
Cela nécessite du sérieux, de la curiosité, une prise de responsabilités individuelle, de la solidarité entre vous.
Je vous fais confiance.

Documents pour les enseignants :
synthese_seq_III
Evaluation_3e_seq_III
Socle_3e_seq_III

Voici la production des 3èmes E :

et celle des 3ème B :