cl__de_sol_gifDans cette séquence nous nous intéressons à la fonction d’une musique, ainsi qu’aux circonstances de sa création et de sa diffusion. Ici il s'agit de musique liturgique, plus exactement de l'Office pour les Morts.
La question d’étude est : Comment traduire le sens d’un texte religieux en musique ? 
Dans la continuité du programme de l’an passé (nous avions vu la Danse macabre de Saint-Saëns et la parodie) , voici le Dies Irae faisant partie du Requiem. De multiples œuvres présentent ce texte musicalement, à travers les siècles.
Nous en écouterons 3 versions parmi tant d’autres :
celle de Mozart, que nous comparerons à celles de Verdi et de Jenkins, dans lesquelles nous aborderons les domaines  :
de la Dynamique (nuances, emploi de l'accentuation)
et du Timbre et de l'Espace (diverses attaques, répartition et organisation spatiale et temporelle des masses sonores).
Trois époques,3 contextes différents, mais la fonction du texte reste identique. La question est de savoir comment mettre ce texte en valeur musicalement, quels mots va-t-on accentuer, conserve-t-on la mélodie grégorienne  ou seulement le texte et qu'est-ce que cela évoque au compositeur.
Qu'est-ce que Le Dies Irae
? Cette séquence grégorienne, autrement appelée Prose des Morts, fait partie de la liturgie catholique, c’est un poème apocalyptique qui commence par les mots « Jour de colère que ce jour-là » et appartient au corpus grégorien. Elle fait allusion au Jugement Dernier, sujet abondamment abordé dans les arts dont nous verrons deux exemples de représentation plastique : celui de Michelange (1475, 1564) , et celui de Fra Angelico (1387 – 1455).
diable-rouge-bouche-cousueLa vision du Jugement Dernier est plus inquiétante chez Michel-Ange (le jugement sera impitoyable, gasp), smiley-ange-457544617dplus sereine chez Fra Angelico (nous obtiendrons le pardon, ouf).

Le Dies Irae est intégré au Requiem mais pas par tous les compositeurs cependant.
Voici le texte et sa traduction :
paroles dies irae

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Mozart-RequiemWolfgang Amadeus MOZART (1756 - 1791) est un compositeur autrichien de la période Classique. Le Requiem lui fut commandé en 1791, par un mystérieux personnage, le Comte de Walsegg, dont l'épouse venait de décéder. Sa mort survint avant qu'il ne termine son oeuvre et ce fut son élève, Sussmayr, qui termina de transcrire les dernières pages pour lesquelles Mozart lui avait donné des indications.

Comme je me sens d'humeur paresseuse ces temps (ah! si notre salaire augmentait autant que les bavardages de nos petits protégés....), j'ai décidé de faire un peu travailler mes élèves en autonomie cette fois.
Après un briefing sur la définition du Requiem et un bref rappel des registres des voix humaines, j'ai préparé un tableau qu'ils doivent remplir en écoutant (l'extrait puis des portions), en repérant tout d'abord sur quelles parties du texte le texte est chanté par tout le choeur, dans une écriture verticale et harmonique, et celles sur lesquelles il se divise, en écriture horizontale et contrapunctique.
Il faut distinguer de quelle façon les voix se succèdent : en question-réponse ou en imitation?
On peut aussi s'efforcer de repérer quelles syllabes du texte Mozart a particulièrement accentuées.
Nous avons remarqué que l'énergie de ce Dies Irae venait de l'absence d'introduction instrumentale (on prend le choeur sur les pieds d'entrée de jeu, à pleine puissance), du syllabisme qui rend le texte parfaitement compréhensible, du martèlement de la timbale et des trompettes, des trémolos et des syncopes de l'orchestre, les violons dans leur course chromatique donnant l'impression que tout est en feu autour de nous. Sécurité!!!!
Un effet a particulièrement attiré notre attention. Le passage figuraliste où les voix masculines se détachent sur un "Quantus tremor" qui oscille sur un demi-ton comme si elles tremblaient d'effroi, suivies par un rappel dramatisé du Dies Irae par les voix féminines, sur un bref crescendo hyper expressif. Une leçon d'efficacité et de clarté.
Bon, assez parlé, on écoute. C'est la version de GARDINER avec le choeur Monterverdi et un orchestre baroque anglais.
Si vous voulez, vous avez une version avec défilement de la partition ici :

Dies Irae coursfiche prof Dies Irae Mozart 2fiche élève Dies Irae Mozart

Giuseppe-Verdi-Requiem_1Giuseppe Verdi (1813-1901), compositeur italien de la période Romantique, a également composé un Requiem de grande envergure en 1873 à la mémoire de son ami le poète Manziano. Nous pouvons le comparer à celui de MOZART pour en dégager les ressemblances et différences. A nouveau je propose un tableau à deux colonnes pour y noter la façon dont chacun répartit les masses sonores (orchestration, écriture, rôle de l'accompagnement) et accentue certains mots du texte (intensité, accentuation). Je vous propose de l'écouter pour vous faire une idée.

Impressionnant,non? Ici on a une introduction qui alterne des accords stridents des cuivres avec les coups de timbales sauvages, ensuite des dégringolades de gammes aux violons nous tombent sur les épaules, toutes griffes dehors. On y entend les bois en plus des cordes, des cuivres et des percussions. Le départ est dans une nuance fortissimo, mais ensuite il y aura un immense decrescendo et les voix d'hommes chuchotent craintivement le quantus tremor avant que des appels des cuivres sur des notes répétées nous aplatissent le crâne une fois pour toutes. L'orchestre est beaucoup plus fourni à cette époque, le début du texte est plus répétitif, les gammes et les syncopes (dans le rythme) sont encore plus accentuées que chez Mozart. Du fait du volume sonore, le texte est d'ailleurs moins aisément perceptible. Au fait, j'ai choisi la version de Zubin Meta qui dirige le philamornique de Los Angeles. Vous avez également la version avec partition si ça vous intéresse.

Pas de fiche cette fois, un tableau sur feuille et un petit résumé à construire.
Avant que j'oublie : un petit lexique ne fait jamais de mal.
lexique

tri yannEntre temps, nous avons chanté la chanson La Jument de Michao, dans la version de Tri Yann, groupe de Folk celtique né en 1971. Elle est issue de l'album La Découverte ou l'Ignorance de 1976. On y a aperçu la technique du tuilage (vous savez, le soliste chante sa phrase, et sur la dernière note, le choeur attaque et continue, ça fait comme un relais où il se passent le témoin musical). C'est une technique qui est utilisée dans le Khan ha diskan, chant pour la musique à danser. Le premier chanteur est le kaner, le deuxième, le diskaner. Cela signifie chant et déchant.
Nous avons d'abord bien appris la chanson, et essayé de sortir nos patates de la bouche, car ce n'est pas si facile que çà à prononcer rapidement, et bien travaillé les respirations au passage. Puis nous avons réalisé la chanson avec les tuilages, en 2 groupes. Très fun, quand tu la sais enfin par coeur. En même temps, le texte est répétitif, il n'y a que les nombres qui changent, puisque c'est un chant à récapitulation. Il y a aussi la version de Nolwenn Leroy, chanteuse de variété d'origine bretonne, qui est issue de l'album ..."Bretonne" qui vient de paraître. les élèves ont découvert la chanson à la radio et ça tombait bien, car on y a revu la mélodie grégorienne (citée dans la chanson traditionnelle j'ai vu le loup, le renard et la belette, un tube scolaire). Ecoutez la chanson dans la version de Tri Yann. Mais voici la video de Nolwenn Leroy (je m'abstiens volontairement de tout commentaire, changement d'herbage réjouit les veaux, hein?):

 les paroles :La jument de Michao (Tri Yann)

karl jenkinsNous aborderons enfin un Requiem plus récent, composé en 2005 par Karl Jenkins, compositeur Gallois né en 1944, qui est issu du milieu Jazz Rock (il a été membre du groupe Soft Machine) dans lesquels il jouait du hautbois puis du saxophone.
Extrêmement dynamique, son Dies Irae fait entendre dès l’introduction une sorte de chevauchée infernale construite sur un ostinato des cordes graves de l’orchestre, qui cèdera la place à deux variantes au cours de la pièce. Au-dessus, les violons jouent un tapis sonore continu en valeurs pointées sur une note répétée, que les cors interrompent en fin de phrase par un motif syncopé de 3 notes sur un ambitus de tierce mineure (celui-ci sera plus tard confié aux basses du choeur). La nuance fortissimo ne faiblira pas par la suite. La structure de la pièce est de forme Rondo, le Tuba mirum étant utilisé comme refrain, aux choeurs pour ler et le 3ème, aux cors pour le 2ème. Le choeur énonce le texte sur 3 motifs : le premier, syncopé, fait entendre deux noires accentuées suivies d’une pause qui sont répétées sur diverses notes puis doublées à l’octave. Un contrechant des cors, montée chromatique sur 3 notes, ajoute à l’effet dramatique. Le 2ème reproduit la battue pointée des violons (répétition d’une note) avec un accent sur la première syllabe, le 3ème (refrain Tuba mirum) est constitué d’une suite de tierces ascendantes puis descendantes, dont le 3ème ostinato reprend le dessin mélodique. Sur les mots Dies la note répétée qui est doublée à l’octave supérieure va se transformer en octave descendante que le choeur répète sauvagement jusqu’à la fin du Dies Irae, ajoutant à l’impression d’accélération. Deux modulations finales font encore monter la tension avant la conclusion, avec en contrechant cette fois le motif montée chromatique syncopé aux trombones. Je demanderai aux élèves de séparer les parties en leur apposant des couleurs différentes, de repérer de quel ostinato il s’agit, ainsi que de décoder les accentuations diverses du texte. Nous apprendrons ou réviserons le vocabulaire (ostinato, contrechant...) puis je proposerai une série d’exercices de reconnaissance auditive en fin de séquence. Voilà le Dies Irae extrait de l'album "The Essential Collection" par Karl Jenkins et Adiemus.

Le Dies Irae a été emprunté pour la publicité du déodorant Axe avec un humour tout masculin :) Voyez par vous-même.

fiche prof Dies Irae Jenkinsfiche élève Dies Irae Jenkins

helium volaSi le temps le permet, nous avons un autre exemple de ce passage du Requiem par Helium Vola, un groupe d'électro médiéval proche de Qntal. Il est intéressant car la chanteuse utilise sa voix de diverses façons, notamment le chuchotement, outre la vitesse du débit, le rythme anapestique sur un ambitus réduit, etc) sur fond de crécelles électroniques. Voici le texte et le fichier son.

dies ire helium vola

Voici le contrôle proposé aux élèves, la fiche de présentation et un déroulement éventuel (on ne fait jamais exactement ce qu'on a décidé de toute façon, en fonction de son public).

 contrôle

fiche présentationdéroulement séquence