cl__de_sol_gif L'objectif de cette séquence est d'étudier quelques exemples des différents langages vocaux du XXe siècle à travers des œuvres lyriques.
Il s’agit des arts du spectacle vivant, pour autant il me semble que les arts du langage sont également impliqués, du moins dans les œuvres que je me propose de faire écouter.
En fait j’étais partie sur l’idée de la symbolique dans l’opéra, à travers notamment la notion d’image des personnages de femmes dans les opéras modernes, d’où celle du triangle amoureux.
La question d’étude restera cependant plutôt orientée autour de la musique elle-même: Qu’il traite de faits réels ou de la mythologie, quel nouveau langage musical pour l’opéra du XXe siècle ?
Ce que je voudrais surtout arriver à faire, c’est à écouter diverses techniques de chant de la période du XXe siècle, et à les faire expérimenter aux élèves. Un défi pour mes 3èmes de cette année, des classes de 31 élèves bavards et pas toujours motivés.
En même temps, l’équipe d’histoire des arts semble s’orienter sur l’expressionnisme en tant que sujet d’étude commun, et j’ai donc cherché des œuvres qui reflètent de près ou de loin ce courant de l’entre deux guerres pour faire partie de la bande.
Nous verrons tout cela à travers les domaines du Timbre et de l’espace, aux côtés de celui du Successif et du simultané.

haut_parleur_gif1er document distribué aux élèves : un tableau des oeuvres que nous nous proposons d'étudier comprenant les références (titre, dates, compositeur, genre, patin couffin).

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Kurt_Weill_01Notre première écoute se portera sur la chanson Mack the Knife, une des songs extraite de l’Opéra de Quat’sous (The Threepenny opera). Composé en 1928 par Kurt Weill, un compositeur allemand (1900-1950) qui vécut dans le contexte de la république de Weimar et émigra aux Etats-Unis en passant par la France, comme nombre de ses concitoyens devenus indésirables à cause de l’antisémitisme ambiant.

Son style est fortement influencé par la danse contemporaine et le Jazzstil mais aussi qualifié de néoclassique, néobaroque, ou d’expressionisme atonal. Ses oeuvres sont plutôt écrites pour de petits ensembles, les thèmes utilisés ont un caractère populaire avec le concept de recréer l'opéra des gueux de John Gay du XVIIIe siècle. De quoi donner un air de cabaret et un caractère satirique.
L'Opéra de quat'sous est une critique des conditions et contradictions de la société capitaliste. C’est un Singspiel dans lequel des parties chantées et parlées se succèdent : chansons, ballades, duos, récitatifs, mouvements de tango, fox-trot, etc., écrites dans un style minimaliste et grinçant caractéristique de l’œuvre de Kurt Weill. Il puise son matériau dans le répertoire du cabaret, de la chanson des rues, du jazz, dans la musique savante et l'opérette. Le chant est à la limite de la parole, le caractère outré s’accorde parfaitement à l’univers du théâtre de Bertold Brecht (auteur, metteur en scène et poète allemand (1898-1956).

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La chanson Mack the Knife est de forme strophique, à 4 temps dans un tempo allant, une formule rythmique pointée attaquée à chaque début de phrase. Deux phrases mélodique s’alternent tout au long du morceau, avec une légère tenue avant la strophe suivante. Cela donne un air de rengaine à la chanson, et permet de la mémoriser facilement. D'autre part, à chaque nouvelle strophe, l'harmonie se déplace au demi-ton supérieur.

Nous avons écouté deux versions très différentes l’une de l’autre par leur style :

Dans la première nous entendons l’œuvre originale avec la voix de Brecht, des instruments comme l’orgue de barbarie, et une voix grasseyante qui chante en allemand en roulant les « r ». Des violons, une trompette ou une guitare doublent la voix par moments, ou lui répondent, un piano joue un accompagnement dans un style mi-classique, mi-cabaret.

Dans la deuxième, Ella Fitzgerald donne un style franchement Jazz à la chanson, et tout son talent s’expose : changements de timbres, imitation d'Armstrong, swing, vocalises et légèreté de la ligne mélodique, toujours à la limite de l’improvisation. Elle est ici accompagnée au piano par Oscar Peterson.

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2ème écoute : Nous passons à une œuvre d’un genre très différent, Wozzeck , œuvre composée en 1925 par Alban Berg, compositeur viennois (1885-1935) qui fut membre de l’école de Vienne aux côtés de son maître, Arnold Schoënberg et d’Anton Weber. Wozzeck a été composé en 1922, c’est un opéra psychologique qui évoque un univers social assez typique de l'expressionnisme. Par dessus tout, ce sont les premiers balbutiements du dodécaphonisme avec l’utilisation d’une série, principe d’écriture adopté par les Viennois. Il y exploite aussi le sprechgesang, technique de chant qui se situe entre la voix parlée et chantée. A noter que le musicien a composé son opéra après avoir servi dans l’armée autrichienne pendant la 1ère guerre mondiale (de 1915 à 1918).
L’extrait que nous écoutons est la scène 2 du IIIe acte. Wozzeck aime Marie, une ancienne prostituée dont il a eu un fils. Celle-ci cède pourtant aux charmes du tambour-major, qui maltraite Wozzeck. Le personnage de celui-ci est un homme fragile, qui subit les événements et ressent de fortes émotions qu'il ne peut vraiment exprimer. La jalousie s’empare alors de lui et dans un accès de folie hallucinatoire, il tue Marie.
Dans cette scène, le texte lui-même est particulièrement ambigu et inquiétant. Berg enchaîne une série de variations à la fin de son opéra, celle-ci étant une variation sur une note. Cette note traverse tout le spectre sonore, obsédante, jusqu’au meurtre. Elle représente ici le couteau et la mort. Avant le crime, un canon à 5 voix s’installe progressivement dans un chromatisme lugubre, suivi de notes répétées comme un glas par la timbale, le cri lui-même est un si descendant sur 2 octaves. De quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête…

woyzeck_klaus_kinski_holding_a_bloody_knife1Mais qu’est-ce qui rapproche cette œuvre du courant expressionniste

Dans sa version cinématographique de 1979, le réalisateur allemand Werner Herzog l’a bien fait ressortir dans son film (dont Klaus Kinski est le personnage principal). Zooms sur son visage épouvanté, lunaire,  aux yeux exorbités, regard fixe, misère humaine, rôle de la religion, couleurs criardes dans lesquelles dominent le rouge et le noir, présence inquiétante de l’étang, de la lune rouge. Nous verrons donc les deux versions de cette scène, l’une sur une scène d’opéra, l’autre dans son adaptation filmée (dont je ne trouve pas trace sur l'internet, j'ai isolé un extrait du film).

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300px_Edmund_Blair_Leighton___Pelleas_and_Melisande3ème oeuvre : L'introduction de Pelléas et Mélisande , un opéra composé en 1902 par Claude Debussy , compositeur français (1862-1918) , souvent qualifié d'opéra psychologique parce qu'il est empli de symboles. Pensez donc, une forêt, une couronne dans l’eau, une princesse d’origine inconnue, un sombre château, un trio de personnages dans une grotte, la chevelure de Mélisande qui descend jusqu’au bas de la tour, etc), mais qui se situe aux antipodes de Wozzeck. On se trouve cette fois dans un univers imaginaire, avec une princesse égarée et farouche que le personnage Golaud ramène en son royaume et épouse, mais qui tombera amoureuse de son demi-frère Pelléas. Là encore tout finira mal, mais dans une ambiance beaucoup plus evanescente, sans effusion de sang.
La particularité de l’utilisation de la voix dans cette œuvre consiste en l’utilisation inhabituelle d’un ambitus assez étroit, à la limite de la parole, qui laisse toute la place au texte symboliste de Maeterlinck.
Debussy utilise diverses échelles harmoniques selon les personnages (modale, pentatonique, gamme par tons) qui épousent parfaitement leur caractère, les thèmes eux-mêmes se constituant d’intervalles très simples qui ne dépassent pas la quarte. Ceux-ci ne sont pas vraiment des leitmotivs, bien que par moments ils suggèrent la présence ou l’arrivée, voire l’idée de l’un ou l’autre des personnages. D’autre part le temps est quasiment lisse, il suit les mouvements de l'action. On traverse cet opéra comme un rêve qui se transforme en cauchemar. Et d'ailleurs, les avis furent partagés à la création de l'oeuvre.

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abdalmalik4ème oeuvre : (les fameux périphériques pour nous permettre d’interpréter dans le style de) : Nous écouterons brièvement une chanson d’Abd El Malik,(artiste de Slam) intitulée Roméo et Juliette que j’ai choisie par ce que le Slam est une forme de poésie parlée a cappella en principe, bien que les artistes emploient un accompagnement lorsqu’ils enregistrent en studio la plupart du temps. Mais dans les lieux dédiés au Slam, on n’a droit à aucun autre accessoire que sa voix.
Ici Abd El Malik a choisi un orchestre symphonique, dans une échelle tonale mineure (allusion à Berlioz ?) et il fait appel à un texte littéraire (Shakespeare).

psykick_lyrikah_acte5ème écoute : le groupe de Hip Hop Psykick Lyrikah interprète L’aurore, un texte inspiré de l’univers expressionniste du film du même réalisé par le cinéaste allemand Murnau. La mélodie oscille sur un vague demi-ton, à la façon d’une mélopée, l'accompagnement est réalisé par une guitare électrique qui décline des arpèges lancinants. Ce groupe utilise volontiers des textes littéraires pour s’exprimer, dans un style poétique, intimiste et parfois assez sombre. Pour voir un extrait du fim de Murnau cliquez ici. Sinon pour en savoir plus sur le film visitez cette page internet du cinéclub de Caen.

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Enfin nous terminerons par un rapide visionnage d’un extrait du film de Bob Fosse, Cabaret, réalisé en 1972.
Le film est inspiré de la comédie musicale Cabaret de John Kander et Fred Ebb, (1966).
La comédie musicale est, elle-même, adaptée de deux œuvres littéraires anglaises : la pièce I am a Camera de John Van Druten (1951) et le roman Adieu à Berlin de Christopher Isherwood (1939).

otto_dixDans cet extrait je voudrais attirer tout d'abord l’attention des élèves sur la reproduction vivante d’un tableau d’Otto Dix (le portrait de la journaliste Sylvia von Harden) daté de 1926, au début de la séquence filmée, sur les couleurs dominantes utilisées par le directeur de la photographie, Geoffrey Unsworth, empruntées aux techniques d'éclairage du cinéma expressionniste allemand qui créent, lors des numéros chantés et dansés, une proéminence de tons rouges, ors et bleus mais qui peuvent aussi bien refléter la fête qu’une atmosphère cauchemardesque et sombre, par les clairs-obscurs avec une dominante de teintes grises et vertes.
On y retrouve l’orchestre de filles un peu vulgaires et court vêtues, le style Jazz (piano déglingué, cuivres, batterie de fortune), la voix puissante de Liza Minelli, sa chorégraphie suggestive avec tous les accessoires typiques, et le maître de cérémonie au maquillage outrancier. Tout cela est caractéristique du cabaret berlinois des années 20. Pour voir la video c’est ici (j’ai le film, mais on ne peut intégrer la video ici, encore une copie illégale).

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ET LE PROJET MUSICAL, C'EST QUOI ALORS? 

Eh bien, nos paroles (Boris Vian en a fait une traduction en français) à la main, nous allons essayer après chaque audition d’interpréter la chanson dans les différents styles de façon à bien en saisir la différence de caractère, d’intonation et d’articulation du texte. A la façon cabaret, Jazz, en sprechgesang, en parlant, en scandant ou sur une mélopée de deux notes. Chaque groupe choisira son style et l’interprétera devant les autres (j’ai un fichier midi ou bien mes petits doigts boîteront sur le piano, j’ai trouvé la partition à la Médiathèque des Halles, merci Mediathèque oh ma précieuse... )

Mack_the_Knife_Weill_lyricsMack_the_Knife_Weill_partitionMack_the_Knife_Weill_traduction_du_texte_original

Ici nous avons la version de Damia, qui ressemble plutôt à celle de Brecht (orchestre bastringue de cabaret et roulement de "r"), on y retrouve le même genre d’intonation, et même la réponse en contrechant de l’orchestre qui comble les silences ou les tenues de fin de phrases.


Après toutes ces péripéties un quizz sera distribué aux élèves leur permettant de vérifier si toutes les œuvres ont été bien identifiées, au niveau des connaissances et au niveau auditif. Et puis ils n’auront plus qu’à choisir l’œuvre à traiter dans leur cahier numérique, nous avons prévu une séance en salle informatique pour lancer la page netvibes sur l’œuvre de leur choix, après une séance commune de présentation avec le videoprojecteur (un miracle, il marche, profitons).

quizz_et_reconnaissance_d_oeuvres

La fiche de présentation de séquence
fiche_pr_sentation_s_qIII_3_mesfiche_pr_sentation_2_s_qIII_3_mes

et la fiche auto-évaluation
fiche_auto__val_s_q_III_3e

Pas trop fatigués ? moi un peu. Je n’ai pas arrêté pendant les vacances (préparations des animations HDA avec la Dafor, de l'animation Giptic autour d'Audacity, travail sur la meta-mallette, essai du nouveau joystick, apprendre à configurer, retour à Rungis pour me former, exploration de 4 nouveaux logiciels d’écoute et de création sonore (HighC, Coagula, TrakaxPC et je sais plus, préparation de 4 nouvelles séquences, préparation de la nouvelle séquence TRAAM autour de Notre-Dame-de-Paris, j’en oublie…) et je rencontre un voisin qui croyant faire de l’humour quand je lui dis « je suis un peu débordée en ce moment», me dit « Vivement les prochaines vacances » avec un clin d'oeil appuyé…des fois j’ai des envies de meurtre à propos de la totale ignorance de ce qu’est le métier de prof, de l’investissement que cela demande. Pour un salaire ridicule en plus.
Les vacances des profs c’est pas fait pour se reposer, les vacances c’est juste fait pour ne pas devenir fada devant ses élèves parce que rien ne marche, que rien n’est prêt, môsieur. Un peu Borderline donc.