la_harpeLa fameuse harpe de Nadermann qui aurait appartenu à Marie-Antoinette, datée de 1780, qui se trouve au Musée instrumental du Conservtoire national supérieur de Musique, à Paris.

La harpe se présente actuellement sous la forme d’un triangle, tendu de cordes – à vide - , d’inégales longueurs. Il n’en a pas toujours été ainsi : les premières représentations de harpes connues, grâce aux sceaux cylindriques et aux plaques votives de la civilisation sumérienne, ressemblaient à des arcs. On trouve encore de nombreux spécimens de cet instrument, plus spécialement en Afrique noire, où l’on continue d’en jouer.

Ces arcs musicaux furent rapidement munis de plusieurs cordes enroulées autour du manche, ou à des crochets de fixation. L’instrument devient alors le grand favori de tout le proche et le Moyen-Orient, en particulier des Egyptiens, qui agrandirent considérablement ses proportions ; les harpes de la fin du Nouvel Empire mesurant jusqu’à 1, 82 mètre. Elles sont richement décorées, l’or, l’argent, les pierres précieuses sont employées pour leur fabrication. Leur base est souvent ornée d’une tête royale.

Ce sont les Assyriens, successeurs de la civilisation sumérienne, qui modifièrent profondément la structure de l’instrument : ils imaginèrent de fabriquer leurs harpes en deux parties distinctes : caisse de résonance et joug de fixation reliés solidement entre eux. C’est le début de la harpe angulaire, qui connaîtra, malgré quelques éclipses peu importantes, un succès durable.

Ensuite, les Syro-Phéniciens, dans le but de consolider l’instrument, ferment le cadre (resté ouvert jusqu’à cette époque) avec un montant de bois. C’est grâce à ces navigateurs infatigables que la harpe se propage, d’abord dans tout le bassin méditerranéen, puis en Europe, où les civilisations celtiques l’accueillent avec un enthousiasme qui ne s’est jamais démenti. Cette harpe, d’un modèle réduit, dont le nombre de cordes est très variable (de 7 à une trentaine), fut l’un des instruments de prédilection du Moyen Age occidental, comme en témoigne une iconographie abondante.

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Harpes triangulaires, tenues "la console" en bas, une harpe arquée tenue horizontalement. Cortège d'Assourbanipal, bas-relief du palais de Ninive, détail. British Museum, London.

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Ci-contre une harpe portative du Moyen-Age? 1190, Sceau de Guilhem VIII, comte de Montpellier.

La harpe n’a pratiquement pas été connue de l’Extrême-orient, sauf en Birmanie, où elle continue à faire partie de l’orchestre. En revanche, les conquérants espagnols et portugais, ont amené avec eux, en Amérique Latine, une harpe, semblable à celles jouées dans les pays ibériques au XVIe siècle. Modèle auquel le génie populaire a fait subir quelques modifications.

Mais la harpe méridionale reste immuablement diatonique, alors que le chromatisme naissant envahit la musique. Les efforts des luthiers, pour permettre à l’instrument certaines modulations, tendront à augmenter le nombre des cordes, construisant des harpes chromatiques à double, puis à triple rangées de cordes parallèles, ces dernières étant disposées en quinconce. Décrites par Mersenne, elle n’auront qu’une vie éphémère, en raison de la multiplicité de leurs cordes ; sauf en Italie, où l’arpa-doppia (harpe double) reçoit la consécration, grâce à une partie importante écrite spécialement pour elle dans l’Orféo de Monterverdi.

Le premier perfectionnement valable est l’œuvre de facteurs tyroliens qui, en 1660, imaginent de fixer à la console des crochets qui, actionnés à la main, tirent la corde et la raccourcissent d’un demi-ton. C’est toujours de principe qui est appliqué à la harpe celtique.

Depuis la civilisation égyptienne, jusqu’au début du XVIIIe siècle, toutes ces harpes ont été œuvres d’artisans, pour la plupart anonymes. Grâce à eux, on trouve une diversité de formes d’un même prototype, et Mersenne constate que « l’on fait des harpes de telle grandeur que l’on veut ». C’est alors que, en 1697, un facteur bavarois, Hochbrücker, imagina un mécanisme qui, à l’aide de pédales, permit à la harpe d’effectuer des modulations suffisantes pour jouer la musique de l’époque. Ces premières harpes étaient munies de cinq, puis de sept pédales, placées à la base de l’instrument, et correspondant aux notes de la gamme. Par un système de transmission, dont le principe fut repris en partie par Sébastien Erard, elles actionnaient un petit crochet qui, raccourcissant la corde, la haussait d’un demi-ton chromatique.

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Ange harpiste, XVe siècle, détail du retable "Le Couronnement de la Vierge" (Enguerrand Charoton), Hospice Civil, Villeneuve-lès-Avignon.

Le succès de l’instrument fut considérable, surtout en France, où de nombreux facteurs perfectionnèrent et embellirent l’invention d’Hochbrücker. En particulier les Cousineau : ils cherchèrent inlassablement des perfectionnements qui ne furent pas toujours couronnés de succès. Salomon orna les instruments de peintures, de sculptures, de verroteries : à sa suite, Nadermann fabriqua des harpes dont le modèle le plus célèbre reste la harpe conçue pour la reine Marie-Antoinette, et que possède le musée instrumental du Conservatoire de Paris.

Description et technique.

L’invention d’Hochbrücker a été perfectionnée par Sébastien Erard. Après de patientes recherches, il a mis au point, en 1811, une harpe qui est toujours en usage actuellement. Fabriquée en bois divers, en cuivre et en acier, elle comporte un corps sonore arrondi sur lequel repose la table de résonance. Un socle, muni de créneaux à 3 crans, où viennent s’accrocher les pédales. Une colonne creuse dans laquelle passent 7 tiges d’acier reliant les pédales au mécanisme. Ce dernier est contenu dans la console, pièce en forme de col de cygne, dont le bois est recouvert de deux plaques de cuivre. Par un système, précis et compliqué, ce mécanisme transmet l’impulsion des pédales à de petits disques de cuivre, placés à l’extérieur gauche de la console. Chaque disque est muni de deux boutons en saillie, appelés fourchettes. Au bémol, la corde passe à vide entre les boutons. L’accrochage de la pédale au rang intermédiaire imprime une rotation au disque ; celui-ci entraîne la fourchette, qui coince la corde ; la haussant ainsi d’un demi-ton chromatique (bécarre). La même opération se reproduit pour l’obtention du dièse ; toutes les répliques d’octaves étant altérées en même temps. Les chevilles d’accord se trouvent sur le côté droit de la console.

La harpe d’Erard comportait 1415 pièces, mais, en 1889, des facteurs américains : Lyons et Healy, supprimant certains mouvements, réussirent à réduire ce nombre de près de 500. La harpe possède 47 cordes, les onze cordes les plus graves sont filées sur acier ou maillechort. Le reste est en boyaux, de calibres différents.

Pendant longtemps, la technique de la harpe n’a guère évolué. Depuis l’Egypte pharaonique jusqu’au XVIIe siècle, on jouait avec 3 doigts : pouce, index, majeur. Au cours du XVIIIe siècle, cette technique se modifie sensiblement, employant en plus l’annulaire. C’est toujours elle qui se pratique : l’auriculaire étant trop court pour atteindre le plan des cordes.

La harpe peut produire de sons variés : harmoniques, sons étouffés, sons en guitare (en jouant près de la table de résonance) ; mais l’attrait de l’instrument réside dans l’emploi des homophones. La majeure partie des notes, possédant les leurs, font de la harpe un instrument à son fixe, ce qui la différencie totalement de l’écriture du piano, malgré la lecture qui, à première vue, est identique : deux portées, l’une en clé de sol seconde, l’autre en clé de fa quatrième. En accrochant les pédales voulues, on peut éliminer certaines notes, et obtenir, rien qu’en glissant un doigt sur le plan des cordes de nombreux accords de septième ainsi que tous les accords de neuvième, majeure et mineure. Cet effet a souvent été employé par les compositeurs.

Jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle, les harpistes se contentaient de jouer des pièces de luth ou de clavecin ; mais à cette époque, une littérature conçue spécialement pour l’instrument apparaît. Elle ne fera que se confirmer durant la période romantique ; avec, en particulier, les œuvres d’Elias Parish-Alvars.

Les compositeurs contemporains sont de plus en plus tentés par un instrument dont les ressources sonores sont loin d’être totalement exploitées.

Dossier de France vernillat, musicologue.

Quelques oeuvres:

Haëndel : concerto pour harpe et orgue;

Mozart : concerto pour flûte et harpe ; un dada des écoutes en cours de musique :)

Fauré : impromptu;

Debussy : sonate pour flûte, alto et harpe 2 danses (sacrée et profanes); J'avais beaucoup aimé en concert.

Ravel : Introduction et Allegro; Caplet : 2 divertissements (à la française, à l’espagnole); Prokofiev : Prélude; Hindemith : sonate,

Britten : A Ceremony of Carols (voix et harpe) "In Freezing Winter Night" ; J'adore cette pièce...

Stockhausen: Solo