le_jongleur j'ai lu ce bouquin quand j'avais 7 ans, et c'est en partie à cette lecture que je dois  ma vocation musicale. Il a été édité chez Hachette en 1965, sous le numéro 194. je l'ai toujours dans ma bibliothèque et c'est en fait un livre de chevet, que je relis surtout l'été, quand je bulle.

le résumé: "Quel est cet être bizarre, aux longues oreilles rouges, que le petit Jehan, le fils d'un pauvre manant, vient d'apercevoir dans le bois des Biches? Est-ce une bête?...un homme?...ou le diable en personne?  Et quel étrange pouvoir a donc cet être qui, à la lueur d'une chandelle et au son d'une flûte, fait si joliment danser les écureuils autour de lui? Non, ce n'est ni une bête, ni un homme comme les autres. Bientôt il deviendra le meilleur ami de Jehan qui découvre subitement sa vocation de musicien et ne rêve plus que de devenir un grand jongleur allant chanter de château en château en s'accompagnant de sa vielle".

un extrait du chapitre Ier:

vi_le___roue__XVIe_

une vielle à roue

"Comme la première fois, il s'avança sans bruit, le coeur battant. Il reconnut la douce musique et revit les petits écureuils roux. La bête sorcière se tenait à l'écart. Il apercevait ses deux longues oreilles rouges. Pour mieux la voir, il grimpa sur une branche de pin, mais la branche était humide; son pied nu glissa. A ce bruit, vifs comme le feu, les écureuils disparurent.   Effrayé, Jehan voulut se sauver, mais, au même moment, son pied se trouva pris comme dans un étau. Fou de peur, il crut qu'elle allait se jeter sur lui et ferma les yeux.   "Petit drôle! Que fais-tu ici?"   Comment? cette bête parlait? Du coup, il se redressa. Ses yeux affolés ne virent tout d'abord que deux grandes cornes rouges. Puis il découvrit une laide figure humaine qui le regardait fixement.    "Petit drôle! répéta la voix, me diras-tu ce que tu faisais ici?"  Le pauvre Jehan tremblait trop; il ne pouvait répondre. Il vit seulement que les deux oreilles étaient celles d'un capuchon rouge et que l'étrange forme était bien un homme, un homme presque nain, avec une bosse dans le dos. "De grâce! bredouilla-t-il, ayez pitié de moi!"  Le nain bossu le lâcha et adoucit son regard. Alors, Jehan conta comment il l'avait vu, une nuit, faire danser les écureuils, et comment il avait eu envie d'entendre encore l'air joli. "Elle était si douce, cette musique, que je l'ai gardée dans ma tête.  -Qui es-tu?  -Je m'appelle Jehan. Mon père, Eloi des Huttes, a sa cabane à une demi-lieue d'ici, au pied de la Roche-Versée.  -Tu aimes donc la musique?  -Oh! oui, je l'aime! quand je l'entends chanter, c'est comme si j'étais enlevé sur les ailes d'une cigale."  Le nain sourit et, subitement, son visage devint presque beau. "Assieds-toi ici, ne bouge plus et écoute".   Le nain au bonnet rouge s'accroupit, puis sortit de sa poche quelque chose qu'il porta à ses lèvres. Alors, l'air joli recommença. Oh! merveille! les écureuils redégringolèrent pour danser sous la lumière du chaleil. Jehan se crut transporté au paradis. Quand la musique cessa et que les écureuils furent repartis, il s'approcha du nain bossu pour regarder l'objet d'où sortaient de si jolis sons. C'était un morceau de bois d'olivier, taillé en fuseau et percé de trous. "Tiens , souffle", dit le nain en le lui tendant.   Jehan souffla mais ne tira du bois d'olivier qu'un son grêle et chétif bien éloigné de l'air joli du nain. Celui-ci lui montra comment s'en servir.   "Ce n'est pas aisé, constata Jehan.  -Certes, reprit le nain. Cependant ce bois d'olivier est tout simple à coté d'une vielle ou d'un rebec.   -Une vielle?...un rebec?...s'étonna Jehan.   -Ce sont des instruments à faire musique. N'en as-tu jamais vu?     -Non", fit l'enfant en secouant la tête.  Le nain bossu examina longuement Jehan et dit:  "Tu as un franc visage de petit manant. Puisque tu aimes la douce musique, reviens ici à la prochaine lune...sans en parler à personne.   -Qui êtes-vous? s'enhardit à demander Jehan.   -Chut! fit le nain. Tiens, prends mon bois d'olivier; je te le donne et maintenant, sauve-toi vite!"   Là-dessus, s'éteignit le chaleil. Dans un bruit de feuilles froissées, le nain bossu disparut et, comme la lune n'était pas encore levée, Jehan ne sut même pas par où il s'en était allé." 

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