ORATORIO: Sorte d'Opéra sacré où le jeu scénique a été abandonné au fil du temps. On appelle aussi oratorio les Cantates de grande dimension et les drames lyriques sans mise en scène, que le sujet soit sacré ou profane.

Dès le Xème siècle, dans les églises d'Europe occidentale, on chante et mime les scènes de l'Ecriture, pour les grandes fêtes (Pâques, Epiphanie, Pentecôte). On n'a malheureusement pas de partitions jusqu'aux XIIIe-XIVè siècles, hormis certaines qui ont trait à la passion du Christ, sujet de prédilection. L'un des plus remarquables est le fameux manucrit du XIIIe siècle, "Carmina Burana" (poèmes en latin et bas-allemand, voisinant avec deux versions de la Passion, inspirées assez librement du texte de la Vulgate, la première sans musique, la seconde accompanée de neumes  difficilement déchiffrables.

Vers la fin du Moyen Age, ces drames liturgiques sont abandonnés, mais la tradition de mettre en musique la Passion se perpétue avec Obrecht, Victoria, Byrd et surtout Roland de Lassus. Saint Philippe Neri (1515-1595) organisait à Rome des soirées au cours desquelles l'instruction était précédée et suivie du chant des Laudi Spirituali  composées par des musiciens comme Palestrina ("madrigali spirituali"); cette pratique devint l'occasion d'interprétations naïves des scènes de l'Ecriture alternant avec des commentaires sous une forme adaptée au niveau de l'auditoire (surtout des jeunes de condition modeste). La mode se répandit. Après la mort de Saint Philippe, l'oratorio se développa parallèlement à l'Opéra, s'adaptant au style nouveau de la Monodie.Au cours de l'année 1600, le premier Opéra véritable (Euridice de Peri) était représenté à Florence, le premier Oratorio étant présenté à Rome (Rappresentazione di Anima e di Corpo de Cavalieri). Composé dans le "stile rappresentativo", il met en scène des personnages allégoriques: le Temps, la Vie, la Mort, le Monde, le Plaisir, l'Intellect, etc, et naturellement l'Ame et le Corps. La préface précise l'instrumentation souhaitée et donne les indications de mise en scène: les "ritornelli", où interviennent un grand nombre d'instruments devaient être dansés, sur un pas de Courante de préférence. D'autres danses, comme la Gaillarde, pouvaient être improvisées. Le dernier choeur pouvait aussi être dansé. L'orchestre étant caché aux yeux des spectateurs, chaque personnage portait un instrument, dont il faisait semblant d'accompagner ses mouvements et son chant, de même que les ritournelles dansées.

En 1622, les cérémonies de canonisation de Saint Ignace de Loyola et de Saint François-Xavier furent l'occasion de nombreuses et somptueuses représentations d'un oratorio sur les héros du jour (une oeuvre de Kapsberger). A la même époque, en Allemagne, les premiers oratorios de Schütz (notamment l'Histoire de la Résurrection, 1623) voient le jour. Mélange de la vieille tradition des musiques de Passion allemandes et du style nouveau, appris à Venise à l'école de Gabrieli, les chefs d'oeuvre de Schütz, bien que proches mélodiquement de Monterverdi, annoncent par leur conception dramatique les grandes compositions de Bach. Le premier grand maître de l'Oratorio en Italie est Carissimi.Tandis que Schütz, donnant une fonction dramatique au choeur, traçait les plans de l'édifice imposant qui sera achevé par Bach, Carissimi inaugurait les grands oratorios brillants qui trouveront leur épanouissement dans le Messie de haëndel. Dans cette première moitié du XVIIe siècle, la tradition des représentations scéniques se perd définitivement. un personnage extérieur, nommé "historicus" (récitant) commente l'action, pour aider le public à en suivre les péripéties. Cette méthode, héritée de l'ancienne Passion dialoguée, est adoptée par Schütz, Carissimi et leurs successeurs, ainsi que par Stradella.

Carissimi, dont le chef d'oeuvre est "Jephté", eut pour disciples Charpentier ("Histoires sacrées") et Scarlatti (environ 25 oratorios, dont la Passion selon Saint-Jean). Mais ses oeuvres servirent aussi de modèle à l'école italienne jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. C'est l'époque de l'Oratorio baroque. La forme de "l'Aria da capo", orné, créé par Scarlatti  y alterne, pour les monologues dramatiques ou les commentaires, avec des récitatifs secs (cf opéra), qui suivent le rythme de l'action.

Les deux Passions de Bach sont restés des chefs d'oeuvre inimitables. Par contre, les grands Oratorios de Haëndel, particulièrement le Messie, son chef d'oeuvre, déclenchèrent une vogue de l'Oratorio qui a duré jusqu'à nos jours. Par la suite l'Oratorio évoluera peu, si ce n'est par l'augmentation des effectifs. C.P.E. Bach, Haydn, Mendelssohn ("Elias"), Beethoven, Berlioz, Liszt ("Christus"), Brahms ("Deutsche Requiem"), Dvorak, etc ont adapté leurs styles personnels au genre traditionnel. Seule la haute inspiration des admirables "Béatitudes" de Franck rejoint en quelque sorte l'esprit des oeuvres de Bach.

Enfin, au XXème siècle, à la suite de Debussy, des compositeurs comme Stravinsky ("Oedipus-Rex"), Honegger, Tippett ("A child of our time") ou Jolivet tendent à restituer à l'Oratorio son caractère dramatique primitif.

"Hodie christus natus est" de Heinrich Schütz (1585-1672)


Passion selon St-Matthieu BWV 244 de J.S.Bach "Blute nur, du leibes hertz"

"Hallelujah" ("Le messie")  Haëndel