MENUET: Danse noble et gracieuse, à 3 temps, dont  l'origine serait le Branle du Poitou. Dans la deuxième moitié du XVIIe siècle, le menuet est très en vogue à la Cour et Louis XIV lui-même danse ceux que Lully compose à son intention. Au XVIIIe siècle, il perd son caractère noble, devenant une danse gaie, de mouvement rapide ou modéré. Dans la Suite instrumentale du XVIIIe siècle, on trouve le menuet juste avant la Gigue finale, alternant le plus souvent avec un 2e menuet, qui est écrit habituellement à 3 voix et porte alors l'indication "Trio". Dans les menuets des sonates et des symphonies le nom de "trio" désigne, quelle qu'en soit l'écriture, l'épisode central qui remplace le 2e menuet. Mais le menuet n'est pas un des mouvements fondamentaux de la Suite: il s'insère entre la Sarabande et la Gigue comme les Bourrées, Gavottes ou Passepieds.

Seule danse de l'ancienne Suite à être adoptée dans la Sonate classique, avant de se transformer en Scherzo (avec Beethoven), le menuet fut introduit par Stamitz et Haydn dans la Symphonie et la Sonate. Il en est le 3e mouvement.

Exemples de Menuets écoutés en classe: "Menuet" de la 2e suite en si mineur pour orchestre de Bach, "menuet" du "Bourgeois Gentilhomme" de Lully.

  le menuet de la 2e Suite pour orchestre en Si mineur de J.S. Bach (flûte soliste)

MESSE: La Messe se compose des chants de "l'Ordinaire" (Kyrie - Gloria - Credo - Sanctus - Agnus), formant un ensemble plus ou moins homogène. La première Messe complète présentant un caractère d'homogénéité musicale est polyphonique: c'est "la Messe Nostre-Dame" de Guillaume de Machaut, qui a l'aspect d'une série de Motets à ténor liturgique. Avant cela, le Plain-Chant comme la Polyphonie n'avaient produit que des versions isolées des chants de l'ordinaire, réunies par des copistes selon les besoins du culte (les premières messes "grégoriennes" datent de la fin du XVe siècle). Aux XVe et XVIe siècles l'unité de la Messe polyphonique est assurée par l'adoption d'un Cantus Firmus, liturgique ou profane, qui donne son nom à l'ensemble: Messe "l'homme armé", "Ave Maria Stella" (Dufay, Ockeghem, Josquin, Lassus, Palestrina, etc...) Cependant la Messe n'a jamais constitué une forme musicale autonome: assimilable à une série de motets jusqu'à Palestrina, à partir du XVIIIe siècle elle adopte la forme de l'Oratorio ou de la Cantate dont elle suit l'évolution. Certaines parties de la Messe sont parfois développées au point de devenir des Cantates complètes (par exemple le Credo), avec une succession d'Airs, duos, Choeurs, comme dans la Cantate. C'est le cas de la prodigieuse "Messe en Si" de Bach dont le Gloria et le Credo se composent chacun de 8 parties. Les grandes Messes de Haydn, Mozart, Beethoven sont construites de la même façon, mais sans atteindre les proportions de l'oeuvre de Bach. Celle-ci est mieux adaptée au concert spirituel qu'à la célébration du culte. D'autres caractères tendent à éloigner la messe musicale de sa destination normale, notamment l'adoption fréquente de la Forme-Sonate (surtout pour le Credo) et parfois l'influence trop évidente du style d'opéra (Rossini, Verdi, Puccini).

Exemples de Messes écoutées  en classe: "Messe à 4 voix" de Byrd, "Gloria" de Poulenc, "Stabat mater" de pergolese, "Agnus Dei" de la messe du couronnement, de Mozart.

  "grande Messe" en Ut mineur : Kyrie de W.A. Mozart

MONODIE: Monodie s'oppose à Polyphonie pour désigner le chant à une voix seule, avec ou sans accompagnement, tel qu'il fut pratiqué depuis l'antiquité et même après l'avènement de la polyphonie: une partie principale, caractérisée par la continuité de la ligne mélodique, y constitue l'essentiel de l'oeuvre, les autres parties tendant de plus en plus à prendre la fonction d'accompagnement. Cette tendance nouvelle encouragea les "amateurs" de plus en plus nombreux à interpréter des Madrigaux pour une voix seule, les autres étant jouées sur un instrument (notamment le Luth). En même temps, les humanistes prêchaient le retour à l'antique et certains musiciens, parmi lesquels Galilei (père du célèbre astronome), plaçaient très haut la musique des Grecs  qu'ils ne connaissaient qu'à travers les théoriciens, mais dont ils savaient qu'elle était monodique. De leur côté, les mathématiciens estimaient que la musique pouvait se réduire à une voix supérieure et une basse, le reste découlant de la connaissance de "l'harmonie naturelle": c'est le principe de la formule d'accompagnement connue sous le nom de Basse Continue. Tout tendait à condamner le style d'imitation, et jusqu'au Concile de Trente qui s'éleva contre la trop grande complexité des chants d'église. La souveraineté de la Monodie s'est imposée à l'apparition du "stilo rappresentativo" né dans les cénacles florentins et romains, qui va engendrer l'Opéra, l'Oratorio, la Cantate. Mais déjà dans toute l'Europe les courtes pièces à une voix, issues du Madrigal ou héritées de la monodie médiévale, se multiplient dans les premiers recueils imprimés. Le grand style d'imitation polyphonique brillera encore d'un éclat exceptionnel dans les oeuvres de bach, sans pour autant détrôner le madrigal. Pressenti au XIVe siècle ,l'âge monodique, commencé avec la "Renaissance", se poursuit jusqu'au début du XXe siècle, où s'annonce un renouveau de l'esprit contrapuntique.


sting chante dowland (toujours aussi étonnant, ce Sting,...sur de belles peintures de Vermeer)

MOTET: C'est au début du XIIIe siècle qu'apparaît le terme "motet" (en latin "motetus") pour désigner, dans la Polyphonie primitive, la voix "organale" (ou de "déchant") lorsqu'elle comporte un texte. D'abord vocalisée pour servir d'ornement au thème liturgique de la partie principale (ténor ou teneure), cette voix est ensuite pourvue d'un poème (selon le principe des tropes). On prend l'habitude de chanter la mélodie avec les mots, en dépit de leur destination purement mnémotechnique, d'où le nom de "motetus". La composition prend alors elle-même le nom de "motet" (ou "motetus").

Au XIIIe siècle, époque de l'Ecole de Notre-Dame, et du motet "classique", il y a 2, 3 ou 4 voix que l'on nomme, du grave à l'aigu, "tenor", "duplum" (ou "motetus"), "triplum", et "quadruplum". Le ténor, dans la plupart des cas instrumental, est un fragment de thème liturgique. C'est le Cantus Firmus, le fondement de l'édifice. Les autres parties sont librement ornées au contraire, d'abord composées sur des textes dérivés du Cantus Firmus, puis sur des poèmes tout à fait différents, souvent profanes et en langue vulgaire.

Remplaçant peu à peu le "conduit" , le Motet se fait de plus en plus complexe au XIVe siècle. La  pluralité des textes devient un  procédé (nombreux doubles et triples motets, d'où des mélodies sur 2 ou 3 textes différents se superposant à un "cantus firmus" devenu instrumental.) Souvent, l'on ajoute une partie de "contraténor" , située dans la même tessiture que le ténor et se croisant fréquemment avec lui. Elle complète  la polyphonie dans un esprit qui révèle déjà chez les musiciens de "l'ars Nova"  un réel sens harmonique. Le contraténor donnera naissance au XVe siècle à la partie de Basse, dépossédant le ténor de sa position fondamentale.

Seule forme héritée de l'Ecole de Notre Dame, le motet se sépare alors définitivement de ses origines, renonçant de plus en plus aux textes multiples et devenant un terrain de prédilection du style d'imitation. (Dunstable, Dufay, Ockeghem, Josquin des Prés, Roland de Lassus, Palestrina, Tallis, Victoria portent le style à son degré de  perfection dans les oeuvres écrites de 1420 à 1620 environ.) Le "cantus firmus" (liturgique, populaire ou original) passe en imitation d'une voix à l'autre, retirant au ténor son importance traditionnelle et finit par se perdre dans la riche trame polyphonique. Le nombre de voix se multiplie au point d'atteindre 36 dans un motet d'Ockeghem et 40 dans le "Spem in alium" de Tallis (plusieurs choeurs sont alors traités en canon). Le motet de la "Renaissance", pièce religieuse ou profane en style contrapuntique, est en quelque sorte un Madrigal latin de caractère solennel. Comme le Madrigal, il deviendra la proie des arrangeurs qui l'accomodent au goût du jour pour une voix seule, un instrument se chargeant tant bien que mal des autres parties.

  Tallis "spem in alium" motet à 40 voix. Superbe...