LEITMOTIV: (en français, "motif conducteur"). Ce terme désigne un motif mélodique, harmonique ou rythmique, dont les apparitions au cours d'une oeuvre font survenir le souvenir d'une idée, d'une situation, d'un personnage, liées à sa première apparition. L'utilisation de motifs caractéristiques chargés de symboles est assez fréquente dans l'histoire de la musique. On en trouve des exemples dans l'oeuvre de BACH (rôle du Choral dans les Cantates et les Passions), de MOZART (l'ouverture de "Cosi fan tutte" reprend un thème des "Noces de Figaro", celui que chante Basile, dans le Trio du 1er acte, sur les mots "Cosi fan tutte le belle"; la partition de "Don Giovanni" multiplie les allusions thématiques beaucoup plus subtiles), de BERLIOZ (thème de "l'idée fixe" dans la "Symphonie Fantastique"), etc... Mais le compositeur qui va l'employer quasi systématiquement est WAGNER dans les quatre oeuvres formant "l'Anneau des Nibelungen". Il l'utilise plus modérément dans "Tristan et Iseut", "les Maîtres Chanteurs", et "Parsifal". C'est par le chemin de l'inconscient que ce procédé doit toucher l'auditeur. Celui qui guette le retour de thèmes inventoriés et classés auparavant fait fausse route: le leitmotiv produira les associations d'idées voulues par l'auteur au moment voulu, hors de toute analyse. Identifier un thème importe moins que de ressentir le caractère particulier que lui donne l'action: ce n'est pas le souvenir du passé, mais le reflet du passé dans le présent qui constitue le message des motifs conducteurs, dans "l'Anneau des Nibelungen", leur permettant parfois de s'élever au ton de la prophétie.

L'or du Rhin, la Valkyrie, Siegfried. Crépuscule des Dieux. (thème des principaux personnages, thème du heaume, de l'or, de l'anneau, du Rhin, de la "Rédemption par l'amour"...

LIED: Mot allemand (au pluriel: Lieder). C'est une courte pièce vocale, pouvant être traduite par chanson, air, mélodie. Les chansons populaires sont des "Volkslieder", les mélodies "Kunstlieder", les cantiques "Geistliche Lieder", etc. Et, bien que les Lieder aient adoptés les structures les plus diverses, on a pris l'habitude d'appeller FORME-Lied, dans la musique instrumentale, la construction ternaire du type A-B-A.

Jusqu'au XIVe siècle, le Lied est représenté par les chansons des "Minnesänger", inspirées des chansons des troubadours et trouvères, et par les chants religieux. A partir du XIVe siècle, et jusqu'au XVIIe, le lied devient polyphonique: très différent de la polyphonie française ou italienne (du moins jusqu'au XVIe), il se distingue par le CANTUS FIRMUS emprunté au fonds populaire et placé presque toujours au ténor. Luther et ses disciples puisent au même fonds, ou s'en inspirent, pour créer le répertoire des Chorals. Roland de Lassus est le plus connu des compositeurs de Lieder polyphoniques.Au XVIIe siècle naît, avec la MONODIE, le "Kuntslied" (le plus remarquable représentant est Heinrich Albert). Il s'inspire le plus souvent dans ses oeuvres du Choral protestant et donne au Lied allemand son caractère national. La plupart des compositeurs du siècle suivant cultiveront le genre de la mélodie (particulièrement Keiser, Telemann, C.P.E Bach, Gluck, Reichardt, qui annonce Schubert et Mozart, dont les merveilleux airs de Papageno sont des lieder.)

Quant au Lied romantique, de Schubert à Strauss (richard), en passant par Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Liszt, Wagner, Brahms, Mahler, Wolf, etc., tout le monde en connaît la beauté et le succès. Schubert est incontestablement le plus grand de tous. La plupart des musiciens romantiques allemands sont des intellectuels, mêlés au mouvement littéraire contemporain. Schubert fait exception, et c'est là que réside son génie: il est absolument pur. Il met en musique les poèmes de Goethe, Schiller, Heine, mais la richesse du poème lui importe moins que le sentiment poétique, l'atmosphère générale: le poème est un fil conducteur, une sorte de CANTUS FIRMUS psychologique, dont la musique, plus légère, s'approche ou s'éloigne à son gré. Son imagination mélodique ne s'arrête pas à souligner les mots clefs (amour, mort, douleur, joie, etc): elle appartient à l'univers des états spontanés, elle est spontanéité, inexprimable et suit son vrai chemin.


Zygel - Schubert - quelques lieder ("marguerite au rouet", "le voyage d'hiver", "sérénade", "le roi des aulnes", les leçons de Zygel, joyeux pédagogue que je ne me lasse pas d'écouter)

et  "die alten bosen lieder" extrait du recueil "les amours du poète" ("Diechterliebe") de Robert Schumann

"Zueignung" extrait de "Acht lieder op.10 de Richard Strauss (vraiment sympa, très belle voix de soprano)