puccini   TURANDOT OPERA

GIACCOMO PUCCINI (1858-1924)

"Si elle est authentique, la volonté de comprendre les autres cultures exclut toute ambition dominatrice. Là est l'humanisme. Sinon la barbarie l'emporte" (Edward Saïd)

L'orientalisme est le fruit de la fascination Occidentale pour les civilisations exotiques de l'Orient. Turandot est le produit de l'orientalisme du début du XXème siècle. La révolte des Boxers en 1900 pendant laquelle des centaines de milliers  de Chinois massacrèrent des étrangers et des missionnaires amenèrent les Européens à considérer la Chine comme un pays barbare. Turandot est donc le reflet de l'intérêt pour la culture et l'histoire Chinoises. Puccini lut de nombreux livres concernant la culture et les cérémonies de la Chine. Il dénicha de vrais airs populaires Chinois (une boîte à musique, une brochure de van Alast)qu'il utilisa dans l'opéra (la chanson traditionnelle "Moo-Lee-Wha", l'hymne impérial de 1912, entre autres).

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Il utilisa également la gamme pentatonique (touches noires du piano) pour créer le son "oriental", et eut l'idée de juxtaposer accords majeurs et mineurs, créant ainsi une atmosphère étrange (censée évoquer la "barbarie"). Cet opéra est son oeuvre la plus complexe, la plus aboutie. Il compose juste avant de disparaître le chef d'oeuvre de sa vie sur une adaptation romantique d'une fantaisie de Carlo Gozzi, satiriste vénitien du 18ème siècle. On ne peut s'empêcher de penser à "Petrouchka" de Stravinski en écoutant certains passages.

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Le synopsis

Acte I: "POPOLO DI PEKINO"   Un Mandarin entonne rituellement la loi: la froide et belle princesse Turandot deviendra l'épouse du royal soupirant qui aura brillamment répondu aux trois énigmes. Jusqu'à présent, tous ont échoué, et la sanction de leur échec a été chaque fois la mort. La foule, au comble de l'excitation, regarde les préparatifs de l'exécution du dernier soupirant en date, le Prince de Perse, lequel mourra lorsque la lune se lèvera.   "PADRE! MIO PADRE!"  Le Prince Inconnu traverse la foule accompagné de son père, Timur, roi de Tartarie chassé de son pays, âgé et aveugle, et d'une fidèle esclave, Liu, lesquels croyaient le Prince mort au cours d'une bataille.  "PERDUTA LA BATTAGLIA"  Timur explique que c'est Liu qui l'a sauvé lorsque son royaume a été envahi et qui l'a accompagné dans son exil. Elle dit qu'elle l'a fait par amour pour le prince qui un jour lui avait souri.   "GIRA LA COTE! GIRA" La foule se montre impatiente de voir l'exécution commencer.  "PERCHE TARDA LA LUNA?"  Ils scrutent le ciel, recherchant le moindre signe provenant de la lune qui, enfin, se lève.      "LA, SUI MONTI DELL' EST"  La procession du Prince condamné passe, tandis qu'un choeur de garçons retrace son destin.   "O GIOVINETTO!" La foule, émue, demande grâce pour le Prince. Turandot paraît et , d'une geste silencieux, confirme la sentence de mort. La foule suit le bourreau et sa victime, laissant seuls Timur, Liu et le Prince. Dès qu'il a vu la glaciale et belle Turandot, le Prince en est tombé follement amoureux. Il pleure de bonheur, en proie à l'extase. "FIGLIO! CHE FAI?" Timur et Liu essaient de dissuader le Prince de tenter sa chance en cherchant à conquérir la Princesse, cependant qu'au même moment retentit le cri du Prince de Perse en train de mourir.

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"FERMO! CHE FAI? T' ARRESTA!" Les 3 ministres Ping, Pang, et Pong, personnages grotesques, paraissent au moment précis où le prince s'apprête à frapper le gong, signal indiquant qu'un nouveau prétendant est apparu. Eux aussi tentent de le dissuader. "SILENZIO! OLA!" Les Servantes de Turandot paraissent sur le balcon et réclament le silence. "GUARDALO, PONG!"  Les ministres n'en continuent pas moins de faire leur possible pour que le Prince renonce. "NON INDUGIARE!"  Le Prince entend des "fantômes de voix" qui l'encouragent tandis que les ministres et Timur espèrent toujours le faire céder. "SIGNORE, ASCOLTA!" Liu témoigne de sa dévotion envers le Prince, ajoutant que s'il échouait, Timur et elle-même mourraient en exil. Elle ne saurait en supporter davantage.  "NON PIANGERE, LIU" Le Prince lui demande, au nom de l'amour qu'elle lui porte, de conduire son père en un lieu sûr. "AH! PER L' ULTIMA VOLTA!" Liu, Timur et les ministres continuent de plaider auprès du Prince pour qu'il épargne sa propre vie. La foule se joint à eux, mais le Prince se précipite sur le gong et le frappe à 3 reprises en appelant Turandot par son nom, confirmant sa volonté de relever le défi.

calafNotes: Dans ce premier acte, Turandot apparaît mais ne chante pas encore (exécution du Prince de Perse). Liu chante son premier air "Signore ascolta" (effort pour dissuader le Prince de participer aux énigmes). Le Prince Calaf chante aussi son premier air "Non piangere Liu" (Calaf la rassure). Les ministres interviennent à partir de la scène 9 jusqu'à la fin de l'acte. Le Mandarin ouvre l'opéra (annonce la loi, les exécutions). La foule est importante: tour à tour cruelle ou attendrie. Timur et Liu chantent ensemble plusieurs fois (retrouvailles avec Calaf, déclaration d'amour, puis essaient de dissuader le Prince). Le choeur d'enfants précède le bourreau chante la mélodie Moo-Lee-Wha citée plus haut.

"Popolo di Pekino" (Teatro Colon, 2006)

"Signore ascolta"

"Non piangere Liu"